Des animaux impropres à la consommation écoulés sur le marché
Le scandale des moutons de l'Aïd al-Adha en Algérie prend une ampleur considérable. Selon des informations révélées par plusieurs médias locaux, des milliers de moutons malades, atteints de brucellose et de fièvre de la vallée du Rift, ont été vendus sur les marchés du pays à l'occasion de la fête du sacrifice. L'affaire, qui touche à la fois à la santé publique et à la religion, embarrasse fortement le pouvoir algérien.
Les autorités sanitaires ont confirmé que 3 500 têtes de bétail infectées avaient été identifiées dans les abattoirs de la région d'Alger. Le ministre de l'Agriculture, Abdelkader Bouazgui, a reconnu le problème lors d'une conférence de presse le 20 juillet : "Nous avons détecté des foyers de maladies animales dans plusieurs wilayas. Des mesures de quarantaine ont été prises, mais il est possible que des animaux contaminés aient déjà été vendus."
Une gestion critiquée et des conséquences sanitaires
L'opposition et les associations de consommateurs dénoncent une gestion catastrophique de la part des services vétérinaires. Le député du Front des forces socialistes, Karim Benhamouda, a déclaré : "C'est un scandale d'État. Le gouvernement a failli à sa mission de contrôle sanitaire, mettant en danger la vie des citoyens pour des raisons économiques."
Les conséquences sanitaires pourraient être graves. La brucellose, maladie bactérienne transmissible à l'homme par la consommation de viande infectée, provoque fièvre, douleurs articulaires et peut entraîner des complications chroniques. La fièvre de la vallée du Rift, quant à elle, peut causer des hémorragies et des atteintes neurologiques. Le ministère de la Santé a recensé 127 cas suspects de brucellose dans les jours suivant l'Aïd, dont 23 ont été confirmés en laboratoire.
Des répercussions politiques et économiques
Le pouvoir est d'autant plus embarrassé que l'Aïd al-Adha est une fête religieuse majeure, où chaque famille musulmane sacrifie un mouton en souvenir du sacrifice d'Abraham. La vente de bétail malade porte atteinte à la fois à la santé publique et à la pratique religieuse. Le président Abdelmadjid Tebboune a ordonné une enquête "approfondie" et promis des sanctions.
Sur le plan économique, les éleveurs s'inquiètent des répercussions. Le prix du mouton a chuté de 20 % sur les marchés depuis le début du scandale. Le syndicat des éleveurs ovins a demandé une aide de l'État pour compenser les pertes. Le gouvernement a annoncé un plan de soutien de 500 millions de dinars (environ 3,5 millions d'euros), mais les modalités restent floues.
L'affaire intervient dans un contexte de tensions politiques, avec des manifestations récurrentes contre le régime. Le pouvoir, fragilisé par la crise économique et les scandales de corruption, voit ce nouveau dossier ébranler sa crédibilité. L'opposition appelle à la démission du ministre de l'Agriculture, tandis que des voix s'élèvent pour réclamer une réforme en profondeur des services de contrôle sanitaire.



