Le droit à l’aide à mourir a été entériné mercredi 15 juillet 2026 par l’Assemblée nationale, autorisant certains patients à recourir à une assistance au suicide ou, s’ils sont incapables physiquement d’accomplir le geste, à une euthanasie par un soignant. Pour la première fois en France, des médicaments seront utilisés dans l’intention de provoquer le décès. Aucune liste définitive n’a encore été arrêtée, mais le geste létal reposera sur un enchaînement de molécules différentes.
La Haute Autorité de santé saisie
La Haute Autorité de santé (HAS) a été chargée début février de définir les molécules susceptibles d’être utilisées et d’élaborer des recommandations sur ces substances pharmaceutiques et leurs conditions d’utilisation. Elle doit également aborder la question de « la conduite à tenir en cas de difficulté, d’échec ou de complication » lors du geste final. Le ministère de la Santé attend la finalisation de ces travaux « avant la fin de l’année 2026 afin que ce nouveau droit puisse être effectif rapidement », selon une note de cadrage publiée par la HAS début juin.
Les pratiques à l’étranger
Pour préparer ses recommandations, la HAS analyse la littérature scientifique. Une première recherche dans les bases de données Embase et Medline a permis d’identifier 45 articles pour les substances létales et 44 articles pour les modalités de prescription, de conservation et d’administration. Dans les pays pratiquant l’aide à mourir (Canada, Belgique, Pays-Bas), plusieurs classes de médicaments sont utilisées. « Les données reposent essentiellement sur des études observationnelles rétrospectives réalisées dans ces pays », souligne François Montastruc, médecin pharmacologue, interrogé par l’AFP.
Les substances impliquées
Pour la forme intraveineuse, le protocole « maintenant assez standardisé, commence par une anxiolyse pour faire baisser l’anxiété du patient » avec des benzodiazépines, selon l’expert. Des barbituriques (propofol ou phénobarbital) sont ensuite injectés « pour induire le coma » à des doses « beaucoup plus fortes » que pour les anesthésies courantes. « Actuellement, le propofol est de plus en plus utilisé parce que c’est très rapide », le coma intervenant « au bout d’une à deux minutes », indique le Dr Montastruc. La dernière substance est un curare, qui bloque les muscles respiratoires. La mort survient en « quelques minutes ».
Pour la voie orale (suicide assisté), le protocole débute par un antiémétique puis un anxiolytique, suivi d’un barbiturique (pentobarbital ou phénobarbital) pour un coma profond, avec un « délai de décès de quelques minutes à quelques heures, tel qu’il est rapporté dans la littérature scientifique ». Les complications sont plus rares pour la voie intraveineuse (1 à 2 % des cas) que pour la voie orale (agitations, mouvements involontaires, vomissements pouvant retarder le décès).
Prescription et administration
Selon la loi, la substance létale est prescrite par le médecin, qui fixe avec l’accord du patient les modalités d’administration et l’accompagnement (médecin ou infirmier). Les produits sont préparés par une pharmacie hospitalière puis transférés à une officine de ville. L’administration peut avoir lieu au domicile du patient, chez un proche ou en établissement de santé, « entourée des personnes de son choix ». Toute préparation non utilisée doit être rapportée à la pharmacie pour destruction.



