À l'occasion d'une conférence donnée jeudi soir au théâtre des Variétés de Béziers, le professeur Laurent Karila, psychiatre à l'hôpital Paul Brousse (AP-HP) à Villejuif et spécialiste en addictologie, a déconstruit les mythes autour de l'addiction. Il insiste sur le fait que l'addiction est une véritable maladie chronique, comparable au diabète ou au cancer, et non une simple question de volonté.
Les idées reçues les plus fréquentes
Selon le professeur Karila, l'idée reçue la plus courante est que l'addiction n'est pas une maladie mais une histoire de volonté. D'autres préjugés incluent la croyance que l'addiction est génétique, que les personnes recherchent simplement le shoot de dopamine, ou qu'une seule consommation rend addict. Il rappelle que l'addiction est une maladie chronique qui évolue par rechute, et qu'il n'y a pas de saisonnalité : c'est un combat quotidien pour les personnes concernées.
Tendances de consommation selon les générations
Le professeur observe des tendances et des modalités de consommation différentes selon les générations. Les plus jeunes consomment davantage de protoxyde d'azote, de cannabinoïdes de synthèse, pratiquent le binge drinking (recherche intentionnelle et organisée d'ivresse en groupe), et sont confrontés à des problèmes liés aux paris sportifs ou à la sexualité compulsive, avec un usage intensif de la pornographie. Pour les plus âgés, le trio « alcool-cannabis-tabac » reste prédominant, avec une augmentation de la consommation de cocaïne. L'héroïne a quasiment disparu, mais on observe une tendance à la consommation d'opioïdes et de médicaments antidouleur.
Rock and roll et addiction positive
Interrogé sur l'intégration de la thématique du rock and roll dans sa conférence, le professeur Karila explique qu'il est parti de ce qui anime sa vie depuis l'enfance : sexe, drogue et rock'n'roll, ce qui lui a donné envie de se spécialiser en addictologie. Il a voulu mêler son goût pour le hard rock et le métal à son discours, partageant son histoire personnelle. Il considère que le métal, et la musique en général, peut être une addiction positive : on ressent du plaisir, des émotions positives, des envies répressibles et compulsives, sans que cela devienne pathologique. C'est le plaisir et le sentiment de récompense, avec des symptômes qui évoquent l'addiction sans en être une.
Le professeur Laurent Karila sensibilise également sur les réseaux sociaux et a créé deux podcasts dédiés à l'addiction.



