Bourganeuf se dépeuple : les jeunes partent, la communauté turque aussi
Bourganeuf se dépeuple : les jeunes partent, la communauté turque aussi

Bourganeuf, petite commune de la Creuse, est devenue le symbole de l’exode rural qui touche les campagnes françaises. Les jeunes sont presque tous partis, et la communauté turque, arrivée en force dans les années 1970, se dépeuple à son tour. Une enquête du journal Le Monde, publiée en août 2026, dresse le portrait d’une ville qui se vide inexorablement.

Le déclin d’une cité autrefois prospère

Nichée au cœur de la Nouvelle-Aquitaine, Bourganeuf a longtemps vécu de ses industries et de son rôle de chef-lieu de canton. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la population dépasse les 3 000 habitants. Les usines textiles et les ateliers mécaniques attirent une main-d’œuvre nombreuse, employant aussi bien des locaux que des immigrants.

Aujourd’hui, les chiffres de l’Insee sont sans appel : la commune ne compte plus que 2 450 habitants, soit une baisse de près d’un tiers en soixante ans. Les écoles ferment, les maisons se vident et les entreprises peinent à recruter. Les jeunes actifs, faute de débouchés, prennent la route de Limoges, Clermont-Ferrand ou Paris.

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La communauté turque : un pilier qui s’effrite

Dans les années 1970 et 1980, Bourganeuf a accueilli une importante vague d’immigration turque, venue répondre à la demande de main-d’œuvre dans le bâtiment et les travaux publics. Ces travailleurs ont construit des routes, des barrages et des maisons, et beaucoup se sont installés définitivement, faisant venir leurs familles.

Mariés sur place, ils ont ouvert des restaurants, des épiceries et des associations culturelles, animant la vie locale. La mosquée, construite dans un ancien atelier, est devenue un lieu de rassemblement. Pendant des décennies, la communauté turque a représenté une part significative de la population, contribuant à la vitalité économique et sociale de la ville.

Cependant, cette dynamique s’est inversée. Les premiers arrivants atteignent l’âge de la retraite et beaucoup choisissent de retourner dans leur pays d’origine. Leurs enfants, nés en France, ont souvent migré vers les grandes métropoles pour leurs études ou leur carrière. Les petits-enfants, eux, ne connaissent Bourganeuf qu’à travers les visites estivales. Résultat : les effectifs de la communauté se réduisent, et les associations peinent à recruter de nouveaux membres.

Une ville en quête de renouveau

Face à cette hémorragie démographique, les élus locaux tentent de réagir. Des programmes de rénovation des logements, des aides à l’installation pour les télétravailleurs et la valorisation du patrimoine (château, viaduc) sont mis en place. Mais ces actions, bien que louables, ne suffisent pas à inverser la tendance.

Le journal Le Monde souligne que Bourganeuf illustre une problématique plus large, celle de la ruralité française, où la disparition progressive des services publics et des commerces de proximité accélère le départ des habitants. La question de l’attractivité des petites villes devient un enjeu central pour les politiques d’aménagement du territoire.

En attendant, les rues de Bourganeuf retrouvent un calme presque inquiétant. Les anciens se souviennent de l’époque où les cafés étaient pleins et les usines en activité. Les plus jeunes, eux, regardent vers l’avenir, souvent ailleurs. Le dépeuplement de cette commune creusoise est-il irréversible ? Rien n’est moins sûr, mais le temps presse.

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