Alors que d'anciens membres de la communauté catholique « à vocation œcuménique » du Chemin neuf ont critiqué leur expérience et créé un collectif, en Charente-Maritime, cette communauté fait partie intégrante du paysage local. À l’abbaye de Sablonceaux, on semble loin de la polémique qui secoue le Chemin neuf, qui occupe les lieux depuis 1986 à l’initiative de Monseigneur David, alors évêque de La Rochelle.
Des accusations d'emprise
Depuis que d’anciens membres, présents dans plusieurs abbayes, monastères, centres de formation ou maisons d’accueil en France, ont créé le collectif Après le Chemin neuf et dénoncé des phénomènes « d’emprise psychologique et matérielle », les responsables doivent répondre à de nombreuses interrogations sur le mode de fonctionnement et de vie de la communauté. Fondée en 1973 par le jésuite Laurent Fabre, le Chemin neuf tire son nom du premier lieu de réunion situé au 49, montée du Chemin-Neuf à Lyon. Cette communauté à vocation œcuménique rassemble des prêtres, des religieux, des laïcs et des couples avec ou sans enfant. « Cela représente 5 000 personnes réparties dans une trentaine de pays », explique Florent Nouschi, responsable de la communication.
Un article du média lyonnais Rue 89, publié le 22 avril 2026, a mis le feu aux poudres en relatant des témoignages à charge. « Sud Ouest » a recueilli celui de Marie, une Landaise de 36 ans qui a intégré la communauté à 21 ans et y est restée six mois. « J’avais un désir de religiosité et beaucoup d’énergie. Je partageais ma journée entre des temps de prière et des tâches quotidiennes comme le ménage ou la cuisine. J’ai tout donné à la communauté, quitte à m’oublier. À un moment, je me suis rendu compte que j’étais épuisée et totalement dépendante. Il n’y avait que la communauté qui comptait et qui détenait la vérité. Est-ce que j’étais sous emprise ? C’est une question qui mérite d’être posée », confie celle qui a finalement décidé de partir.
La communauté se défend
Face à ces témoignages, la communauté rappelle son intégration à l’Église de France. En 1992, le Chemin neuf a été reconnu comme Institut religieux clérical de droit diocésain par le cardinal Albert Decourtray, archevêque de Lyon, et en 2009 comme Institut religieux clérical de droit pontifical par le cardinal Franc Rodé. « À Sablonceaux, par exemple, nous nous occupons d’une paroisse. Nous sommes en lien avec le diocèse et l’évêché. Nos prêtres célèbrent des offices religieux », souligne Florent Nouschi. Pas question d’être assimilé à une secte. « Employer ce terme est grave. Il n’y a rien, chez nous, qui relève d’une telle dérive. Je suis depuis vingt-cinq ans au Chemin neuf. Il n’y a aucun gourou. Je suis libre de mes choix. Je travaille, j’ai une famille et ma propre maison », insiste Anne-Sophie, qui travaille sur la communication institutionnelle au sein de la communauté.
Le rapport d’activité 2018-2020 de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) avait cependant recommandé « une certaine prudence à l’égard de cette communauté pour des personnes qui seraient fragilisées ». Le Chemin neuf avait alors répondu qu’elle considérait les éléments avancés comme « erronés ». Aujourd’hui, elle entend mettre en place des outils pour répondre à l’urgence de la situation. « Lorsque d’anciens membres ont mal vécu leur expérience chez nous, bien sûr que cela nous interroge. Nous nous devons d’y répondre avec compassion », insiste Florent Nouschi, qui évoque la création fin 2023 d’une équipe de prévention et de lutte contre les abus suite au rapport de la CIASE (Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église).
Dans un communiqué, la communauté dit aussi « travailler depuis plusieurs mois à la mise en place d’une commission indépendante pour proposer un lieu d’écoute aux personnes blessées qui pourront partager leurs témoignages, évaluer les préjudices et réparations et formuler des recommandations ».
Vie locale à Sablonceaux
À l’abbaye de Sablonceaux, la communauté compte dix adultes (trois célibataires consacrés dont deux prêtres, deux sœurs consacrées, une femme veuve, deux couples et leurs familles). Trois autres couples vivent à côté. Si elle a récemment fait parler d’elle, ce n’est pas pour des questions d’emprise, mais pour son refus d’accepter l’organisation d’un festival de rock sur le site. « Cela ne traduit en rien une volonté de repli. Bien au contraire. Nous sommes en lien étroit avec l’Office de tourisme communautaire (OTC) Royan Atlantique. Un spectacle son et lumière (mapping) vient d’y être organisé pour mettre en exergue l’histoire du lieu et son évolution à travers les siècles. Nous travaillons en synergie avec la mairie et l’OTC pour faire de l’abbaye un attrait culturel et touristique », fait valoir Florent Nouschi.
Dans le cadre d’un sondage réalisé auprès des visiteurs, « trois mots sont ressortis : la paix, le silence et le recueillement », expose le chargé de communication. « Ce qui ne correspond pas vraiment à l’idée qu’on peut se faire d’un festival de rock. Même si nous n’avons rien contre. Nous souhaitons plutôt nous ouvrir à des concerts de musique classique ou acoustique. » D’ailleurs, l’abbaye accueillera la chanteuse Noëmi Waysfeld, qui chantera Barbara le 30 juillet prochain dans le cadre du festival royannais Un Violon sur le sable. Loin de la polémique, donc.



