Les victimes de Bétharram interpellent le pape Léon XIV
À l'occasion de la visite du pape Léon XIV en France en septembre prochain, un collectif de victimes de l'école catholique Notre-Dame de Bétharram a pris la plume. Dans un courrier adressé au Saint-Père, consulté par notre rédaction, les anciens élèves, marqués par les violences et abus subis, sollicitent une rencontre. Ils espèrent pouvoir remettre au chef de l'Église un document contenant cinq propositions concrètes pour lutter contre les abus sexuels au sein de l'institution.
Un scandale qui a ébranlé l'Église
L'école Notre-Dame de Bétharram, située près de Pau dans le Béarn, est au cœur d'un vaste scandale. Pas moins de 217 anciens élèves ont déposé plainte pour des abus et des violences commis au sein de cet établissement privé catholique. Le collectif, mené par le lanceur d'alerte Alain Esquerre, souhaite que le pape prenne conscience de la gravité des faits et des souffrances endurées.
Cinq propositions pour une Église plus sûre
Les victimes ont élaboré cinq préconisations qu'elles aimeraient soumettre au Saint-Père :
- Reconnaissance de responsabilité : l'Église doit admettre sa propre responsabilité dans le scandale de Bétharram.
- Formation obligatoire : tous les prêtres doivent être formés aux violences sexuelles et physiques.
- Formation des séminaristes : les futurs prêtres doivent également recevoir cette formation.
- Accompagnement des agresseurs : chaque prêtre agresseur doit être suivi par un référent victime.
- Organe indépendant : création d'une instance d'aide aux victimes, dirigée par les victimes elles-mêmes.
Ces mesures visent à prévenir de nouveaux abus et à mieux accompagner les personnes touchées.
Un contexte national et international
Le scandale de Bétharram s'inscrit dans une problématique plus large. En 2021, le rapport de la Ciase avait estimé à 330 000 le nombre de victimes potentielles d'abus sexuels par des prêtres depuis les années 1950, dont au moins 100 000 dans les établissements scolaires religieux. L'affaire a également éclaboussé l'ancien Premier ministre François Bayrou, accusé d'avoir protégé l'institution lorsque sa fille y était scolarisée et y a subi des violences.
Vers une rencontre historique ?
Le collectif propose que la rencontre se tienne à Lourdes, sanctuaire marial situé à moins de vingt kilomètres de Bétharram, qui figure au programme de la visite papale. Selon une source vaticane, les évêques français eux-mêmes auraient suggéré une telle rencontre. La décision appartient désormais au pape et aux dicastères compétents. Une entrevue serait inédite et pourrait contraindre l'Église de France à revoir sa position sur l'affaire Bétharram.
En attendant, l'Enseignement catholique a annoncé la fermeture prochaine du site de Bétharram, où une centaine d'élèves sont encore scolarisés. Ils seront transférés à Igon, à quelques kilomètres. Les bâtiments, témoins des souffrances infligées jusque dans les années 2010, pourraient devenir un lieu mémoriel dédié aux victimes d'abus religieux.



