À l'approche de l'Aïd-el-Kébir, célébré ce mercredi 27 mai, les musulmans de France vivent une fête teintée d'angoisse. Hicham, un commercial de 29 ans de la région lyonnaise, confie : « En théorie, je ne devrais pas avoir de crainte, mais j'irai la peur au ventre. » Il fait référence à l'attentat commis une semaine plus tôt à San Diego, aux États-Unis, où deux adolescents ont tué trois personnes dans un centre islamique.
Un niveau de menace « très élevé »
Le ministère de l'Intérieur confirme que « l'état de menace est très élevé ». Un télégramme envoyé le 13 mai à tous les préfets rappelle que les fêtes religieuses de fin mai (Ascension, Pentecôte, Chavouot et Aïd) génèrent des rassemblements propices à un risque terroriste, accentué par les tensions internationales. La note demande un « renforcement des mesures de sécurité » autour des lieux de culte et des rassemblements associés.
Mesures de sécurité renforcées
Les préfets doivent prendre contact avec les responsables religieux pour évaluer la situation, notamment concernant les manifestations prévues. Des « conseils de vigilance » sont transmis : attention aux véhicules suspects, contrôle visuel des participants, présence policière visible aux heures d'affluence, patrouilles durant les offices, et mobilisation des services de renseignement et de la force Sentinelle autour des sites emblématiques comme la Grande mosquée de Paris.
Bassirou Camara, directeur de l'Addam (Association de défense contre les discriminations et les actes antimusulmans), salue ces dispositions « allègrement réclamées » par de nombreuses mosquées. L'Addam, créée en 2024, recense les actes islamophobes et fait le lien avec l'Intérieur.
Hausse spectaculaire des actes antimusulmans
En 2025, 326 actes antimusulmans ont été recensés, soit une augmentation de 88 % en un an. Ces chiffres sont « sous-estimés », selon l'Addam et l'Intérieur, car de nombreuses victimes ne portent pas plainte pour éviter de « faire de vagues dans un climat politique hostile ». À quelques jours de l'Aïd, l'attaque de San Diego a suscité inquiétude et émotion, d'autant que les réseaux d'extrême droite américaine et française sont connectés. « Les tueurs vouaient une fascination à Hitler », note Bassirou Camara, qui redoute « une réplique » en France.
Le contexte mémoriel aggrave les craintes : le 8 juin marquera le premier anniversaire du meurtre d'Hichem Miraoui, coiffeur tunisien tué par son voisin pour un motif raciste, et récemment celui d'Aboubakar Cissé, tué pour sa confession musulmane. Ces événements pourraient « encourager un déséquilibré à passer à l'acte », selon des responsables de culte.
Vulnérabilité des fidèles lors des rassemblements
Najat Benali, rectrice de la mosquée Javel à Paris, expose la vulnérabilité des fidèles : « Il y a un déficit de lieux de culte, avec une suroccupation de 250 à 300 % pour la prière du vendredi, et encore plus pour l'Aïd. On va avoir d'énormes flux de personnes, des files d'attente de centaines de gens… L'occasion rêvée pour un malade de faire un carnage ! » Elle salue néanmoins le travail des forces de l'ordre, « qui anticipent vraiment » les problèmes.
L'Addam a demandé aux collectivités de mettre à disposition des lieux adaptés, comme des gymnases, pour ces rassemblements. Mais certains maires refusent encore, alors que ce serait « beaucoup plus simple pour tout le monde, même pour les forces de l'ordre », déplore Bassirou Camara.



