Alors que le pape François entame sa visite en France, une polémique éclate autour des mosaïques qui ornent l'église Saint-Pierre de Saint-Paul-Trois-Châteaux, dans la Drôme. Ces œuvres d'art ont été créées par un frère dominicain, aujourd'hui âgé de 78 ans, reconnu coupable de violences sexuelles sur des mineurs dans les années 1990. Le religieux, qui a purgé une peine de prison, avait été chargé de la réalisation de ces mosaïques entre 2000 et 2005, soit après sa condamnation, selon des documents consultés par Libération.
Une commande de l'Église malgré la condamnation
Le diocèse de Valence, dont dépend l'église, avait passé commande au frère en 1999, deux ans après sa condamnation à dix ans de réclusion criminelle pour viols et agressions sexuelles sur une vingtaine de garçons. Le père Dominique, supérieur de la communauté dominicaine à l'époque, a reconnu que la décision avait été prise "dans l'ignorance des faits", mais des documents internes montrent que plusieurs responsables diocésains étaient informés. "C'est une erreur monumentale", a-t-il déclaré à Libération. "Nous n'aurions jamais dû confier ce travail à un homme condamné pour de tels actes."
Un symbole de l'échec de la prévention
La présence de ces mosaïques, qui représentent des scènes bibliques, est devenue un symbole de l'incapacité de l'Église à prendre en compte les abus. Selon la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l'Église (Ciase), plus de 330 000 mineurs ont été victimes d'abus en France depuis 1950. "Ces mosaïques sont un affront aux victimes", a dénoncé une porte-parole de l'association La Parole Libérée. "Elles montrent que l'Église n'a toujours pas compris la gravité des faits."
Le Vatican sous pression
La visite du pape, qui doit célébrer une messe à Marseille, est assombrie par cette affaire. Plusieurs associations de victimes appellent le souverain pontife à se prononcer clairement sur le sujet. L'archevêque de Marseille, Mgr Jean-Marc Aveline, a indiqué lors d'une conférence de presse que "le pape est informé de cette situation et qu'il entend les souffrances des victimes". Cependant, aucune déclaration officielle du Vatican n'a été faite à ce sujet.
Un retrait des mosaïques demandé
Le diocèse de Valence a annoncé qu'il allait lancer une réflexion sur le retrait des mosaïques, mais une telle opération coûterait plusieurs centaines de milliers d'euros. "Nous sommes conscients de la douleur que ces œuvres peuvent causer", a déclaré le vicaire général, le père Antoine. "Mais il faut que la décision soit mûrement réfléchie, en concertation avec les paroissiens et les autorités." En attendant, les mosaïques restent exposées, suscitant la colère des associations de défense des droits de l'enfant.



