Grève au Samusocial : 861 places supprimées, 1200 personnes menacées
Samusocial : 861 places supprimées, 1200 personnes menacées

Depuis le 23 juin, les agents du Samusocial de Paris sont en grève reconductible. Écoutants sociaux du 115, gestionnaires de planning, juristes, éducateurs, agents de maraude, travailleurs sociaux et médecins dénoncent la décision de l'État de mettre fin à des prises en charge mises en place dans le cadre du plan Grand Froid. Selon Jordan Bernard, porte-parole de la CGT Samusocial de Paris, 861 places de logement quotidiennes ont été supprimées, exposant 1 200 personnes au risque de perdre leur logement d'urgence.

Des familles menacées d'expulsion pour « rééquilibrer le budget »

« Autour du 10 juin, nous avons été informés que des familles qui étaient hébergées dans des hôtels et qui pensaient être stabilisées ne seraient plus prises en charge parce que l'État a décidé de ne plus financer », détaille le syndicaliste. Pire, l'État demande au Samusocial de « mettre ces familles dehors ». « Ça a choqué les collègues. Il a été demandé aux écoutants d'appeler les familles pour leur annoncer qu'elles devaient quitter les hébergements. Ce qu'ils ont refusé, parce que leur travail est de trouver des solutions avec très peu de moyens. Pas d'annoncer aux gens qu'ils doivent retourner à la rue. »

La raison de ces expulsions ? « Le plan Grand Froid entraîne un surcoût pour l'État. Pour rééquilibrer le budget, ils ont décidé de réduire le nombre de nuitées hôtelières », poursuit Jordan Bernard. Les grévistes dénoncent également la mise en concurrence des patients due au manque de places dans les Lits d'Accueil Médicalisés (LAM) et les Lits Halte Soins Santé (LHSS). Un médecin du Samusocial résume : « En gros, on dit aux gens “il y a des gens plus importants que toi, donc tu dégages…” »

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Des conditions de travail dégradées

L'association Utopia56 constate déjà les effets de cette décision, avec des familles venues en nombre à sa permanence. Avec les grévistes du Samusocial de Paris, l'association accueille depuis le 15 juillet 200 personnes, dont environ 80 enfants et nourrissons, pour la plupart âgés de moins de 5 ans. Symboliquement, ils les ont installés sur le parvis du siège du Samusocial au 15, rue Jean-Baptiste Berlier, dans le 13e arrondissement.

La décision du gouvernement intervient alors que le Samusocial bloque sur plusieurs revendications des travailleurs : garantie de la continuité de l'hébergement pour les familles, revalorisation salariale et indemnités des 950 salariés, reconnaissance des compétences… « On manque de moyens, explique le médecin. Par exemple, cela fait deux ans que nous n'avons plus d'assistant social dans notre service. C'est lui qui est chargé du renouvellement des droits. Donc sur 31 patients, nous en avons 21 qui ne touchent plus l'AME depuis deux ans… »

Deux mobilisations ce jeudi

Face à ces difficultés, les grévistes demandent la signature d'un protocole visant à assurer la mise à l'abri des mineurs non accompagnés, un plan d'hébergement des familles et des personnes isolées à la rue, ainsi qu'un plan de logement pour tous les ménages reconnus DALO (Droit au logement opposable).

Pour tenter de faire infléchir les autorités, le Samusocial organise deux mobilisations ce jeudi. Une première devant le siège de la Drihl (Direction régionale et interdépartementale de l'Hébergement et du Logement) et de la préfecture d'Île-de-France, dans le 15e arrondissement, à 13 heures. Puis une grande « fête de la grève » sur le parvis du Samusocial à 17 heures. « C'est une soirée de soutien qui permet aux gens de venir, de se rassembler et d'être informés de la situation. Tout le monde peut venir donner un coup de main et il y aura une caisse de grève pour soutenir les grévistes », précise Jordan Bernard.

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