Précarité alimentaire : Claire, 59 ans, choisit entre manger et conduire
Précarité : Claire, 59 ans, choisit entre manger et conduire

Selon le dernier sondage OpinionWay pour Action contre la faim, dévoilé le 13 octobre 2026, 13 % des Français se privent parfois ou souvent de nourriture, principalement pour des raisons financières. Dans le Gard, Claire, ancienne infirmière de 59 ans, illustre cette réalité : elle doit choisir entre payer son carburant ou ses courses.

Une ancienne infirmière contrainte à des arbitrages quotidiens

Claire, qui vit à Redessan, dans le Gard, perçoit l'Allocation adulte handicapé (AAH) d'un montant de 936 euros par mois. « J'utilise très très très peu ma vieille bicoque. Je limite mes déplacements et je fais les courses dans mon village, à Redessan », explique-t-elle. Elle précise : « Pour tout vous dire, j'ai un rendez-vous médical cet après-midi et je le ferai en visio. En plus, j'ai la régulation pour l'énergie qui va arriver, ça va me faire vraiment très mal. »

Pour réduire ses dépenses, Claire privilégie la marche : « On a la chance d'avoir un petit Auchan, j'y vais à pied. » Elle demande aussi aux agriculteurs locaux l'autorisation de glaner dans leurs champs, et profite du marché pour acheter des légumes. « L'astuce, c'est de cuisiner », insiste-t-elle, une pratique qui lui permet d'éviter les plats surgelés et de préserver sa santé.

La dégradation de la qualité alimentaire, une préoccupation majeure

Claire souligne que la précarité ne se limite pas à une baisse de quantité, mais entraîne une dégradation de la qualité : « On n'a pas le droit de bien manger, même quand on est précaire. L'urgence, c'est de se remplir le ventre évidemment. Mais la notion du bien manger est importante pour sa santé aussi. » Cette préoccupation est également centrale dans le rapport d'Action contre la faim : 17 % des sondés estiment qu'il est préoccupant de ne pas avoir les moyens de choisir ce que l'on mange, quitte à acheter des produits moins bons pour la santé.

Claire, qui était surnommée « miss indus’ » par ses amis pour sa consommation de plats industriels, a complètement changé ses habitudes. Elle donne désormais des cours de cuisine au Secours catholique du Gard et a créé des paniers solidaires grâce aux subventions de l'association.

De la rue à la reconstruction : un parcours marqué par la honte

Avant son AVC en 2019, Claire était infirmière libérale et gagnait 58 000 euros par an. Elle a « tout perdu » d'un coup : vente de sa maison, logement en HLM, passage par la rue. « Je touchais presque 600 euros de RSA et j'habitais dans un logement social trop cher, mon loyer me bouffait tout », se souvient-elle. Chaque mois, il fallait choisir entre payer le loyer ou manger.

Claire évoque la honte « profonde, terrible » ressentie lors des distributions alimentaires, où « tout le monde baisse la tête ». Elle raconte : « Moi-même, j'ai tout caché à mes enfants. Un jour, mon fils m'a accompagné à une distribution de colis alimentaires, il a pleuré. » Grâce à l'aide de son entourage, elle a trouvé un autre logement social, au loyer moins élevé, et a pu sortir de la précarité alimentaire extrême.

Des chiffres nationaux alarmants

Le sondage OpinionWay pour Action contre la faim révèle que 13 % des Français manquent parfois ou souvent de nourriture, soit un peu moins de 9 millions de personnes. 47 % des Français mangent ce qu'ils souhaitent dans les quantités désirées, 39 % mangent assez mais pas ce qu'ils désirent, 10 % n'ont parfois pas assez à manger et 3 % n'ont souvent pas assez à manger. 80 % des personnes interrogées expliquent cela par des raisons financières. Les jeunes jusqu'à 34 ans sont les plus touchés.

Claire, qui vit désormais avec 936 euros d'AAH par mois, une partie étant prélevée pour rembourser sa dette locative passée, constate : « Moi ça va mieux, mais avec l'inflation, la difficulté pour se nourrir est vraiment importante. Je me limite énormément. Avec la crise économique, la crise climatique… Les prix ont flambé. »