Un drame familial révélateur des failles de la protection de l'enfance
À l'âge de 11 ans, Ethan a subi un viol dans un foyer à Pau, après des années de prise en charge par l'Aide sociale à l'enfance (ASE). Sa mère, Sandrine Gandebœuf, et son frère aîné, Mathéo, dénoncent une succession de décisions défaillantes et interpellent les pouvoirs publics sur les dangers d'un système qu'ils jugent « dysfonctionnant » en raison d'un « manque de moyens » criant.
Un retour au foyer après huit années de placement
Les dernières décisions du juge aux affaires familiales ont apporté un soulagement bienvenu à la famille Gandebœuf. Après huit longues années de prise en charge par l'État, avec des placements en familles d'accueil et dans diverses structures de l'ASE, Ethan et Helena (prénoms modifiés) ont enfin pu retrouver leur foyer familial, auprès de leur mère et de leurs deux frères aînés.
En 2021, la justice a ordonné la main levée du placement initialement prononcé en 2014 et a confié l'autorité parentale à Sandrine Gandebœuf. Dans son jugement, la magistrate a évoqué « les violences psychologiques et physiques » endurées par les enfants de la part de leur père, qui avait également commis des actes violents sur la mère.
« Cette situation très délétère a conduit au placement des enfants, qui présentaient des troubles importants en raison des poly-traumatismes subis », a-t-elle précisé. Privé de sa mère, Ethan a connu un parcours chaotique au sein de différentes structures au Pays basque et dans le Béarn, entre ses 5 et 13 ans, jusqu'à être victime d'un viol dans un foyer à Pau par un autre jeune placé.
Des dysfonctionnements systémiques pointés du doigt
Aujourd'hui, la famille a alerté des élus locaux, notamment des députés et des conseillers départementaux, réclamant plus de moyens pour la protection de l'enfance tout en soulignant les « dysfonctionnements systémiques » de l'ASE.
« Ma sœur a eu la chance de croiser, dans la structure d'accueil Menautegia à Briscous, des professionnels engagés et compétents. Cela prouve une chose : lorsque les moyens existent, la protection de l'enfance peut fonctionner. Le parcours de mon frère démontre l'exact inverse », estime Mathéo Gandebœuf Perdreaux, leur grand frère.
Une descente aux enfers marquée par la violence
Ethan et Helena n'ont pas eu l'enfance qu'ils méritaient. Leurs premières années, à Bayonne puis à Boucau, ont été marquées par un climat de violences conjugales qui a conduit à la séparation de leurs parents. Leur mère et leur père se sont déchirés pour obtenir leur garde, ainsi que celle des deux aînés, Mathéo et Enzo.
C'est dans ce contexte que l'ASE est intervenue, sur signalement du père, dans l'objectif de protéger les enfants. À 5 et 4 ans, ce sont déjà deux jeunes enfants perturbés, qui ne s'expriment que par la violence et les crises. Le père est, dans le même temps, incarcéré pour des violences contre un voisin en 2014. L'ASE estime alors que les parents ne sont plus en capacité de les protéger.
Les enfants sont placés pendant six mois à la Maison d'enfants à caractère social (Mecs) de Jatxou. Un premier incident grave intervient dans le parcours d'Ethan. Diagnostiqué d'une psychose infantile avec des troubles du comportement, il est victime d'un surdosage d'un médicament antipsychotique (Risperdal), dépassant de plus de dix fois la dose prescrite. Sa mère, contrainte d'aller le chercher à l'hôpital, perd confiance dans l'ASE.
Ethan et Helena sont ensuite séparés et placés au secret, pendant un an et demi, dans des familles d'accueil. Pour Sandrine Gandebœuf, qui ne peut les voir plus qu'une heure par mois, la rupture est « violente et incompréhensible ».
« Cela a été la descente aux enfers, je ne savais même pas où ils étaient. Je ne comprenais pas la décision, je vivais cela comme une injustice. Pourquoi m'enlever les deux derniers alors que j'avais encore la garde de mes deux aînés ? »
Un viol évitable dans un foyer de Pau
En février 2021, Ethan, qui dormait la semaine en Institut thérapeutique, éducatif et pédagogique (Itep), est orienté un week-end dans un foyer de l'enfance, à Pau. Il y partage une chambre avec un jeune de 17 ans sous contrôle judiciaire, en attente de son procès pour un viol sur sa sœur. Ethan n'a que 11 ans quand il est violé par l'adolescent.
Ce dernier, qui a également subi des violences sexuelles en foyer, a été condamné à trois ans de prison. Lors de l'audience en cour d'assises des mineurs, des erreurs de la structure et de la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ), qui gère le foyer, ont été reconnues. Les deux jeunes n'auraient jamais dû se retrouver ensemble, sans encadrement adéquat.
L'avocate de la famille a également pointé la responsabilité des juges qui ont décidé du placement. « Ethan a grandi en pensant qu'il avait été abandonné. Il a tellement souffert… Ce système a détruit la vie de mon fils », estime Sandrine Gandebœuf.
Un appel à un combat collectif pour réformer le système
Son aîné, Mathéo Gandebœuf Perdreaux, ne veut pas faire du cas de son petit frère un combat individuel mais « collectif ». « On peut parler des dérives de l'ASE mais il faut surtout que les politiques se saisissent de ce problème, avec des professionnels dégoûtés car ils n'ont plus de moyens. »
Selon l'Union pour l'enfance, près d'un enfant placé sur deux serait victime de violences sexuelles, un chiffre alarmant qui souligne l'urgence d'une réforme en profondeur de la protection de l'enfance en France.



