L'association Soliha Méditerranée, dont le siège social est à Nîmes, a été placée en liquidation judiciaire le 30 juin dernier. Ses 13 salariés nîmois ont remis les clés de leurs bureaux, rue Montjardin, après des années de dettes et une gestion qualifiée de « catastrophique » par les anciens employés. La direction régionale, basée à Toulouse, est particulièrement mise en cause par un rapport de la Chambre régionale des comptes publié le 2 octobre.
Une association dédiée au logement et à l'accompagnement social
Soliha Méditerranée faisait partie d'un réseau national d'associations œuvrant pour le logement et l'accompagnement social. Elle assurait notamment le lien entre bailleurs et locataires en situation précaire afin de lutter contre l'habitat indigne. Les salariés, désormais au chômage, affirment avoir fait « tout notre possible pour faire notre travail jusqu'au bout ».
« Honnêtement, il fallait abréger les souffrances. Cela faisait deux ans qu'on en pouvait plus. C'est un soulagement », confient Julie et Mathilde (prénoms modifiés), deux anciennes salariées nîmoises. Depuis deux ans, les recommandés et mises en demeure s'accumulaient pour non-paiement des loyers aux bailleurs. Plusieurs alertes ont été émises envers la direction, restées sans effet. « L'une d'elles, émise par le CSE, a été aussi envoyée à l'inspection du travail. À la suite d'un courrier d'alerte, la direction avait lancé une chasse aux sorcières en interne. Elle a fait planer des licenciements secs sur certains employés », ajoute Julie.
Des dépenses injustifiées pointées par la Chambre régionale des comptes
Le rapport de la Chambre régionale des comptes, publié le 2 octobre, étrille la gestion de Pierre Castéras, directeur général de Soliha Méditerranée, qui supervisait trois associations du réseau Soliha, dont celles de Nîmes et Toulouse. Le rapport indique que « sa situation a évolué de manière très favorable depuis sa nomination comme directeur général ». Il ajoute que « les moyens de paiement mis à sa disposition par Soliha Méditerranée ont été utilisés pour des fins sans lien avec l'activité de l'association ».
La Chambre reproche au directeur de nombreuses dépenses injustifiées ou incohérentes, dont 49 000 € de frais de repas sur les cinq dernières années. Sont également pointés des frais d'hôtel, de nombreux achats et l'utilisation de voitures à titre privé aux frais de l'association dans l'entourage proche du directeur. Au total, plus de 158 000 € appartenant à l'association ont été dépensés sans justifications claires. Des sociétés prestataires tenues par des proches de Pierre Castéras ont aussi été employées, tout comme sa compagne pour plusieurs emplois et prestations.
Une enquête préliminaire ouverte, les salariés dans l'attente
Le 30 juin, quelques heures avant la remise des clés, les forces de l'ordre ont procédé à une perquisition, encadrée par le parquet de Nîmes, emportant ordinateurs et dossiers. La justice a ouvert une enquête préliminaire pour des soupçons de malversations financières. « On a peur que Pierre Castéras s'en sorte, comme d'habitude », confie Mathilde.
Les deux anciennes salariées déplorent également l'inaction du conseil d'administration : « Ce qu'on reproche, c'est l'inaction de notre conseil d'administration. À chaque alerte sur les déficits, il nous renvoyait vers notre directeur, qui ne nous apportait aucune réponse. »
Interrogé par La Dépêche du Midi, Pierre Castéras a reconnu « très clairement » des « erreurs », notamment concernant les frais de restauration, mais il se défausse de toutes les responsabilités en soulignant un « travail collectif » réalisé au sein des associations. L'issue de l'enquête préliminaire est désormais attendue par les anciens salariés, qui espèrent que la justice fera la lumière sur ces malversations présumées.