Nicolas Sarkozy clame son innocence devant la cour d'appel de Paris
Sarkozy clame son innocence en appel

À la cour d'appel de Paris, dans l'atmosphère lourde et étouffante de la première chambre, la tension était palpable. Toute la journée, les avocats de Nicolas Sarkozy se sont succédé pour plaider la relaxe de l'ancien chef de l'État, dont le procès en appel s'est achevé ce mercredi. À 17h30, le président de la cour, Olivier Géron, l'a invité à s'exprimer une dernière fois. Costume sombre, chemise blanche, cravate noire, l'ex-président de la République s'est levé et s'est avancé vers la barre.

Un plaidoyer vibrant

« Cette affaire du prétendu financement libyen de ma campagne a commencé dans le mensonge et dans le complot. Elle doit finir dans la vérité, dans la transparence », a-t-il clamé. « Depuis 14 ans, j'ai répondu inlassablement, à en devenir fou, à toutes les questions, à toutes les investigations, à toutes les enquêtes », a poursuivi Nicolas Sarkozy, soulignant s'être « battu » et avoir dépensé beaucoup d'« énergie » pour prouver son innocence. « J'ai assumé, j'ai argumenté, ma vie a été scrutée, mais rien n'a été trouvé. Mais ce n'est pas suffisant. »

Le prévenu, condamné en première instance à cinq ans d'emprisonnement ferme, a vécu ces trois mois d'audience comme « une nouvelle épreuve ». « Il y a eu des moments difficiles », a insisté celui qui a déjà passé une vingtaine de jours en détention à la prison de la Santé. « Ce n'est pas un procès historique, ce n'est pas un roman, c'est ma vie. »

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Des attaques contre l'accusation

Nicolas Sarkozy a profité de l'occasion pour régler ses comptes avec les avocats généraux qui ont requis, le 13 mai dernier, une peine de sept ans de prison à son encontre. S'adressant à ces magistrats qui l'ont « blessé », il a assuré que son élection n'était pas « biaisée » : « J'ai rassemblé plus de 53 % des 37 350 000 Français qui se sont déplacés pour voter à la présidentielle en 2007. Je sais qu'ici on ne fait pas de politique mais je me permets de répondre. » Il a juré ne jamais avoir « trahi la confiance des Français » et ne pas avoir été un « président sous influence étrangère ».

Par moments, sa voix trahissait son émotion. « C'est le combat de ma vie », a martelé Nicolas Sarkozy, qui ne « demande qu'une chose » : « être traité comme n'importe qui, être jugé pour ce que j'ai fait, pas ce que je suis ». Il s'est ensuite adressé au président de la cour d'appel : « Je vous le dis droit dans les yeux, je tiens à mon pays et je ne peux pas croire que dans la France de 2026, un homme soit condamné à sept ans de prison pour des faits qu'il n'a pas commis et contre lequel après 14 ans d'enquête, il n'y a aucune preuve. »

Un chemin de croix

Pour Nicolas Sarkozy, ces 11 semaines d'audience n'ont pas été une simple routine. « Je ne suis pas venu ici comme au bureau, je suis venu ici comme on va à un chemin de croix », a-t-il confié, assurant avoir tout fait pour « essayer d'être digne et d'être vrai ».

La défense s'en prend au dossier

En à peine dix minutes, Nicolas Sarkozy s'est montré bien plus percutant que ses propres défenseurs. Dans la matinée, Me Christophe Ingrain s'est employé à pilonner un dossier qu'il qualifie d'« échafaudage d'hypothèses » et de « roman grotesque » bâti contre l'ancien président. « En l'absence de toute preuve, on ne condamne pas sur une hypothèse », a-t-il plaidé. Son confrère, Me Tristan Gautier, s'est attaqué aux flux financiers suspects dévoilés par l'enquête : « Pas un centime d'argent libyen n'a alimenté la campagne de 2007 et rien ne peut le contredire », a-t-il répété.

Dans l'après-midi, Me Sébastien Schapira a estimé que le ministère public fondait ses réquisitions « sur des hypothèses bancales ». « Et le mot est faible, pour un prétendu pacte scellé il y a 20 ans. » L'avocat a affirmé que « quand on est aux portes de l'Élysée et qu'on va se mettre dans un pacte faustien dans les mains d'un fou furieux – on est d'accord pour dire qu'au-delà d'être un dictateur sanguinaire – M. Kadhafi est incontrôlable, alors il faut être fou soi-même. »

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Délibéré au 30 novembre

La décision a été mise en délibéré au 30 novembre prochain. « C'est émouvant pour moi, car maintenant je vais attendre », a soufflé l'ex-président. « Pas comme un ancien président de la République mais un homme qui va se demander tous les jours en se réveillant, tous les soirs en se couchant : est-ce que je vais y retourner ? »