Trieste : la chasse aux gaspis dans 250 bâtiments publics
Trieste : chasse aux gaspis dans 250 bâtiments

Nichée entre la Slovénie et la mer Adriatique, Trieste cultive une identité singulière, héritée de l'empire austro-hongrois. Mais la ville de près de 200 000 habitants est aussi devenue un laboratoire de la transition énergétique, en partenariat avec Veolia. Dans le cadre d'un programme lancé en 2024, la municipalité a ciblé 250 bâtiments publics et para-publics sur les 350 que compte son patrimoine immobilier pour y réduire les consommations d'énergie et les émissions de CO2.

Un patrimoine immobilier ancien et énergivore

« Une importante partie du patrimoine immobilier de Trieste est ancienne, avec de grandes hauteurs sous plafond et une isolation insuffisante entraînant des déperditions d'énergie », explique Everest Bertoli, membre de la Junte Municipale et assesseur chargé de la politique financière. Sur les 350 propriétés municipales, « nous en avons ciblé 250 à soumettre à des interventions d'amélioration de l'efficacité énergétique dans le cadre d'un plan qui s'étalera sur quinze ans », précise-t-il.

La priorité a été donnée aux crèches, aux écoles maternelles et primaires, puis aux bibliothèques, aux bureaux et aux musées. Les travaux respectent scrupuleusement la réglementation architecturale afin de préserver l'héritage historique de cette cité qui fut un port stratégique de l'empire austro-hongrois.

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Solaire, LED et pompes à chaleur

Le programme mise d'abord sur le solaire. « La bora peut souffler à 140 kilomètres par heure, mais ses rafales sont trop irrégulières pour faire fonctionner des éoliennes, donc nous privilégions le solaire comme source d'énergie renouvelable », souligne Everest Bertoli. Dix ensembles de panneaux photovoltaïques doivent ainsi être déployés sur des édifices appartenant à la mairie.

Les interventions vont de l'étanchéité des toitures au remplacement de certains générateurs de chauffage par des pompes à chaleur réversibles. Environ 27 000 ampoules vont être remplacées par des LED moins énergivores, avec des systèmes de détection de présence humaine et de luminosité naturelle pour un allumage et une extinction automatiques.

500 000 euros d'économies par an à partir de 2027

L'Italie n'assure pas sa souveraineté énergétique ; le cas de Trieste montre combien il est essentiel de produire plus grâce aux énergies renouvelables, mais aussi de moins gaspiller. « À l'issue de la première phase de ce vaste chantier, à partir de 2027, nous tablons sur 500 000 euros d'économies chaque année », assure Everest Bertoli. Un gain significatif pour les finances locales.

Les Triestins comme les visiteurs peuvent en voir un bel exemple au Musée Revoltella, à 500 mètres de la piazza Unità d'Italia. L'édifice abrite deux entités contrastées : le somptueux palais du baron Pasquale Revoltella, inauguré en 1859, et la galerie d'art moderne de Carlo Scarpa, labyrinthe épuré de verre et de béton.

Le Musée Revoltella, chantier témoin

Le célèbre architecte vénitien (1906-1978) avait conçu la galerie sans aucune porte, pour favoriser la fluidité du parcours : audacieux, mais risqué en cas d'incendie. Une salle spécifique, baptisée « Carlo Scarpa », subit actuellement des travaux de rénovation menés par Veolia. Des détecteurs et un compartimentage coupe-feu sont installés, tandis que la luminosité, l'humidité et la température sont contrôlées pour assurer la meilleure conservation des chefs-d'œuvre. La salle sera de nouveau visible à partir de septembre prochain.

À cinq minutes à pied, le Musée civique d'Art oriental, installé dans un palazzo du XVIIIe siècle, a également bénéficié d'une nouvelle climatisation pour protéger les collections rapportées par les navigateurs.

Le point de vue de l'expert

« À Trieste, l'initiative la plus importante pour Veolia est le Partenariat Public-Privé conclu avec la municipalité », explique Maurizio Sirena, responsable commercial régional (Vénétie) chez Veolia. « Il prévoit la modernisation des services thermiques et électriques de 250 bâtiments, notamment des écoles primaires, des maternelles, des musées, des bureaux, des bibliothèques. »

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Selon lui, l'installation de 440 kWc de panneaux photovoltaïques, le remplacement d'environ 20 000 luminaires par des LED, la rénovation de 23 000 m² de toitures-terrasses et le renouvellement de 54 MW de générateurs de chaleur permettront à la ville de réduire ses dépenses de fonctionnement de 500 000 euros par an, tout en économisant 1,5 GWh d'électricité chaque année.

« Cette approche, qui associe innovation technologique, durabilité environnementale et efficacité économique, s'étend également au secteur hospitalier de la ville. Dans un pays comme l'Italie, qui ne dispose pas de l'autonomie énergétique, il est indispensable de s'appuyer avant tout sur l'efficacité énergétique, complétée par une production locale d'énergies renouvelables », conclut Maurizio Sirena.

Un modèle pour l'Italie ?

Loin des clichés sur les villes italiennes, Trieste démontre qu'une collectivité peut agir concrètement sur son patrimoine bâti, même ancien. Avec des résultats attendus dès 2027, la cité adriatique s'impose comme un modèle pour la transition énergétique en Europe du Sud, et comme l'illustration du troisième volet de notre série « Les cités durables ».