Le départ annoncé d'un avocat chevronné
À l'été 2022, l'avocat Éric Morain a fait une annonce marquante sur Twitter, plateforme qui n'était pas encore devenue X. Dans un long texte publié, il a révélé sa décision de raccrocher sa robe après vingt-six années de pratique. « Je ne veux pas être dans quelques années un avocat de 60, puis de 65, puis de 70 ans, et puis de plus encore, au milieu de ce monde de justice qui ne nous écoute plus. Je crois que je n'en ai plus la force », a-t-il écrit, exprimant un profond sentiment de lassitude.
Un vide après un procès historique
Cette décision mûrissait dans son esprit depuis plusieurs mois. Elle a été précipitée par son expérience lors du procès de l'attentat contre le père Jacques Hamel, poignardé en 2016 dans son église de Saint-Étienne-du-Rouvray, en Seine-Maritime. En tant qu'avocat d'une association de victimes, Morain a vécu des semaines d'audience intenses qui ont laissé en lui « un immense vide, un mélange de lassitude et un besoin d'air ». Pourtant, ce procès, malgré la gravité des crimes jugés, a aussi été empreint d'une grande humanité, formant ce qu'il décrit comme une « succession de moments de grâce ».
Un livre pour retenir les émotions d'une carrière
Ces souvenirs précieux, ainsi que bien d'autres, sont maintenant rassemblés dans son ouvrage intitulé Il était un avocat. Récits de justice et d'injustices, publié aux éditions Les Arènes. Ce livre de 208 pages, vendu 22 euros, offre un témoignage poignant sur sa longue carrière au barreau. Morain se présente comme un « avocat à l'imparfait », mais il est avide de conserver le cortège d'émotions, de visages, de bonheurs, d'échecs et de sourires qui ont jalonné son parcours.
Des anecdotes qui défilent au fil des pages
Le livre déroule une série de récits saisissants, chacun illustrant la complexité et l'humanité de la justice :
- La femme dont la façade de glace se brise soudainement au milieu d'un rendez-vous.
- L'humilité touchante d'Henriette, une Cosette des temps modernes exploitée par un couple de grands bourgeois parisiens.
- Le vertige ressenti à l'audience face à l'aveu d'un client qui lui avait pourtant juré son innocence.
- La cleptomane venue le consulter pour sa défense, qui repart en lui subtilisant le chèque d'acompte tout juste versé.
Des procès qui ont marqué sa carrière
Morain revient également sur des affaires judiciaires majeures qui ont défini son parcours :
- Les heures lourdes et éprouvantes passées aux côtés des victimes du fondateur de l'École en bateau, jugé et condamné en 2013 pour des viols commis quinze à vingt ans plus tôt.
- Les moments tendus de la confrontation entre son client, le général Philippe Rondot, un maître espion devenu témoin encombrant dans l'affaire Clearstream, face à Dominique de Villepin.
- Les victoires célébrées dans les chais des nombreux vignerons qu'il a défendus avec succès.
Un souvenir particulièrement émouvant
Parmi ces histoires, une se détache par son intensité émotionnelle : le moment où, sur le parking de la prison de Bapaume dans le Pas-de-Calais, Morain a chargé dans le coffre de sa voiture les affaires de Michel Cardon. Il s'agissait de l'un des plus vieux détenus de France, pour lequel l'avocat avait obtenu une remise en liberté après plus de quarante années passées derrière les barreaux. Ce geste simple mais symbolique résume l'engagement profond de Morain envers ses clients et sa croyance en la justice.
À travers ces récits, Il était un avocat offre non seulement un témoignage personnel sur le métier d'avocat, mais aussi une réflexion plus large sur les mécanismes de la justice, ses imperfections et ses moments de grâce. Le livre sert ainsi de testament professionnel pour un homme qui a choisi de tourner la page, mais pas sans avoir d'abord partagé les leçons et les émotions accumulées au cours de plus d'un quart de siècle de pratique.



