Procès Zepeda : la défense maintient l'innocence malgré des indices accablants
Procès Zepeda : la défense maintient l'innocence

Troisième procès pour Nicolas Zepeda dans l'affaire du meurtre de Narumi Kurosaki

Me Sylvain Cormier, l'avocat de la défense, a clairement averti que son client continuerait de plaider son innocence. Ce dernier, le Chilien Nicolas Zepeda, âgé de 35 ans, s'est présenté pour la troisième fois mardi à Lyon devant la justice. Il doit répondre de l'assassinat en 2016 de Narumi Kurosaki, son ex-petite amie japonaise, à Besançon. Malgré des indices confondants, il nie farouchement toute implication dans ce crime.

Une procédure judiciaire complexe et mouvementée

Malgré l'absence de cadavre, de preuve directe et d'aveu, Nicolas Zepeda a déjà été condamné à deux reprises à 28 ans de réclusion criminelle. Une première condamnation est intervenue en 2022, puis en appel en 2023. Cependant, ce verdict a été annulé par la Cour de cassation en 2025 en raison d'un vice de procédure, ouvrant la voie à ce nouveau procès. Zepeda, en détention provisoire depuis son extradition du Chili en 2020, est apparu à l'audience vêtu d'un blouson sombre et arborant une coupe de cheveux impeccable. Il a décliné son identité dans un français parfait, teinté d'un léger accent espagnol.

La famille de la victime sans espoir de retrouver le corps

La mère et les sœurs de Narumi Kurosaki, une étudiante japonaise de 21 ans, ne semblent plus nourrir d'espoir de recouvrer sa dépouille. Leur avocate, Me Sylvie Galley, a expliqué à la presse qu'au premier procès, elles étaient venues avec un espoir démesuré qui n'a pas été comblé. « Cela a été un moment de décompensation psychologique épouvantable », a-t-elle souligné. Elle ajoute que « leur but est d'aller au bout du processus judiciaire, quitte à laisser leur santé et une partie d'elles-mêmes ». Cinq interprètes, en japonais et en espagnol, doivent traduire les débats en direct durant les deux semaines de procès.

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Des hurlements terrifiants entendus la nuit de la disparition

Nicolas et Narumi avaient noué une relation en 2014 au Japon. À la rentrée 2016, la jeune Japonaise arrive à Besançon pour des études de français et quitte un mois plus tard son copain, rentré au Chili, qu'elle trouve trop possessif et inquisiteur. Après des messages tantôt énamourés tantôt menaçants, Nicolas vient fin novembre en France, prétendant initialement aux enquêteurs que c'était pour ses études. Les bornages du téléphone de son ex-petite amie et de sa voiture de location, ainsi que des témoignages d'étudiants, démontrent que le Chilien a épié Narumi et son nouveau petit ami français.

La jeune femme est vue vivante pour la dernière fois le 4 décembre, regagnant sa résidence universitaire. La nuit, des voisins entendent des hurlements terrifiants, « comme dans un film d'horreur ». Zepeda assure aux enquêteurs qu'après une rencontre « fortuite », puis un dîner au restaurant, ils ont eu des relations sexuelles dans la chambre de l'étudiante, ce qui expliquerait selon lui les bruits émis.

Un crime de « possession » prémédité

L'enquête a mis au jour de nombreux indices « concordants » démontrant qu'un Zepeda éconduit et enfermé dans son orgueil de « mâle blessé » avait prémédité et commis un crime de « possession », comme l'a asséné l'avocat général aux premiers procès. Selon le magistrat, il aurait enterré ou immergé le corps dans un sous-bois bordé d'une rivière, où son GPS et son téléphone ont prouvé qu'il avait passé du temps cinq jours plus tôt, puis à nouveau après avoir quitté la chambre de la Japonaise.

Les enquêteurs ont exclu la thèse de la fugue : le portefeuille de Narumi contenant 565 euros, ses deux cartes bancaires, son manteau d'hiver, ses chaussures, son portable et sa carte SNCF étaient dans sa chambre. Cette dernière portait les traces d'un nettoyage récent au détergent. Quatre jours plus tôt, Zepeda avait acheté un bidon de cinq litres d'un produit combustible, des allumettes et un pulvérisateur de détergent à l'eau de javel.

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Messages incohérents et interrogations troublantes

D'autres indices accablants ont été relevés : dans les jours suivants la disparition, des courriels et messages incohérents, prétendument écrits par Narumi pour rassurer son entourage, affirmaient qu'elle était à Lyon pour renouveler son visa d'étudiant. Or, cette formalité relève du consulat japonais de Strasbourg. De plus, l'achat sur Internet le 6 décembre, depuis un centre commercial où Zepeda se trouvait, d'un billet de TGV Besançon-Lyon au nom de Narumi, alors qu'elle ne l'a jamais pris, a été documenté.

Enfin, à Barcelone avant d'embarquer pour le Chili, Zepeda a interrogé son cousin sur « la mort par asphyxie » et sur la manière de savoir si une personne est « vivante ou morte » après une pendaison. Ces éléments, combinés aux autres preuves circonstancielles, renforcent l'accusation de meurtre prémédité, malgré les dénégations persistantes de l'accusé.