Le procès pour apologie du terrorisme de l'Iranienne Mahdieh Esfandiari, possible monnaie d'échange avec Téhéran contre les Français Cécile Kohler et Jacques Paris, s'ouvre ce mardi 13 janvier 2026 au tribunal correctionnel de Paris, pour quatre jours. Voici ce qu'il faut retenir de cette affaire aux enjeux diplomatiques majeurs.
Une procédure judiciaire sous haute tension
Mahdieh Esfandiari, 39 ans, est jugée aux côtés de quatre autres prévenus, dont l'essayiste d'extrême droite Alain Soral. Elle est poursuivie pour apologie du terrorisme et provocation directe à des actes terroristes commis en ligne entre 2023 et 2024. Arrivée en France en 2018, elle est accusée d'avoir occupé un rôle central dans l'organisation "Axe de la Résistance" et d'avoir célébré sur Telegram et X les massacres du 7-Octobre perpétrés par le Hamas en Israël. Des faits qu'elle conteste fermement.
Un enjeu diplomatique majeur
Cette procédure est au cœur d'un échange potentiel entre la France et l'Iran. Téhéran propose en effet d'échanger Mahdieh Esfandiari contre les Français Cécile Kohler, 41 ans, et Jacques Paris, 72 ans. Ces derniers, incarcérés en Iran depuis mai 2022, ont été condamnés respectivement à 20 et 17 ans de prison pour espionnage au profit d'Israël. Libérés début novembre 2025, ils restent bloqués à l'ambassade de France à Téhéran, interdits de quitter le territoire iranien.
Les déclarations des autorités
Fin novembre, le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi, a déclaré à France 24 : "Cet échange entre nous et la France a été négocié. Il y a eu un accord et en effet, nous attendons que toute la procédure juridique et judiciaire se fasse dans les deux pays." De son côté, une source diplomatique française a indiqué : "Une procédure judiciaire est en cours qu’il ne nous appartient pas de commenter." La diplomatie française s'est refusée à tout commentaire sur l'impact potentiel du mouvement de protestation en Iran sur la libération des deux Français.
Les charges retenues contre Mahdieh Esfandiari
Mahdieh Esfandiari comparaît pour apologie d'un acte de terrorisme commis en ligne, provocation directe en ligne à un acte de terrorisme (délits passibles de sept ans d'emprisonnement et 100 000 euros d'amende), injure publique en ligne en raison de l'origine, ethnie, nation, race ou religion, et association de malfaiteurs. Elle conteste l'ensemble des accusations. Son avocat, Me Nabil Boudi, a déclaré : "Nous abordons très sereinement ce procès qui va permettre à ma cliente de préciser ses propos. Il apparaît prématuré à ce stade d’évoquer un échange tant qu’il y a l’incertitude du volet judiciaire."
Les faits reprochés
Les faits ont été commis à Paris et à Lyon entre 2023 et le 3 décembre 2024, notamment sur les plateformes Telegram, X, Twitch, YouTube et le site Égalité et réconciliation d'Alain Soral. Le 30 octobre 2023, le parquet de Paris avait reçu un signalement du ministre de l'Intérieur concernant un compte Telegram @Axe_de_la_Résistance, faisant l'apologie de l'attaque du Hamas le 7 octobre 2023 en Israël, incitant à des actes de terrorisme et injuriant la communauté juive.
Une place centrale dans l'organisation
Selon l'ordonnance de renvoi, Mahdieh Esfandiari a occupé une "place centrale dans l'organisation Axe de la Résistance" et a secondé Maurizio Buisson, un ancien étudiant de l'université Al-Mustafa de Qom en Iran, principal organisateur, qui sera également jugé. Lors d'une perquisition à son domicile, des livres édités par le régime iranien et plus de 2 000 euros en liquide ont été retrouvés. Arrivée en France en 2018, elle y a créé une entreprise de traduction et interprétariat et prévoyait de rentrer en Iran en 2025.
Les propos incriminés
Parmi les nombreux propos qui lui sont reprochés : avoir publié la phrase "Une attaque qui fait le bonheur de milliards de gens dans le monde…" en référence aux massacres du 7-Octobre ; avoir remercié "ceux qui ont soutenu la Résistance […] Et à leur tête la République islamique d'#Iran" ; ou encore avoir célébré avec des émoticônes l'anniversaire de l'attaque du Hamas. Le tribunal pourrait rendre sa décision dans la foulée du procès ou la mettre en délibéré à plusieurs semaines.



