Deux semaines après le début de l'incendie dans le massif du Gros Bessillon, dans le Var, le feu est contenu mais pas fixé. Ce mercredi 5 août, 800 pompiers sont toujours mobilisés pour traiter les lisières et éteindre les points chauds, alors que le retour du mistral fait craindre des reprises. Le parquet de Draguignan privilégie désormais la piste de « mises à feu volontaires » pour expliquer la reprise du 31 juillet.
Un incendie inédit par sa durée
L'incendie s'est déclaré en deux temps. Le premier foyer est parti le 21 juillet près de Pontevès, avant d'être alimenté trois jours plus tard par un nouveau départ à Correns. Fixé le 28 juillet après huit jours de lutte, il avait parcouru environ 4 500 hectares. Mais le 31 juillet, alors que le premier brasier était sous contrôle, un nouveau foyer s'est déclaré au sud du périmètre initial, ravageant 1 850 hectares supplémentaires en quelques jours. La surface totale brûlée atteint désormais 6 350 hectares, selon le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez.
« C'est le feu le plus long qu'il y a eu dans le Var depuis que nous avons des archives sur les feux de forêt et de végétation », a souligné le ministre lors d'un point presse mardi. Le préfet Simon Babre et le directeur du SDIS du Var, le contrôleur général Éric Grohin, confirment : jamais un incendie n'avait nécessité une mobilisation aussi longue dans le département.
Des dégâts importants à Correns et Cotignac
Les dégâts sont particulièrement lourds à Correns, où 52 % du territoire communal a brûlé après « trois assauts du feu successifs », selon le préfet. Cinq maisons ont été détruites au chemin des Adrechs en quelques minutes. À Cotignac, la municipalité recense vingt-sept habitations touchées, dont une dizaine entièrement détruites, ainsi qu'une entreprise de menuiserie ravagée.
Les habitants décrivent des scènes terrifiantes. « C'était l'enfer sur terre. Quand on était sur la place du village, on voyait les flammes au bout de chaque rue. De tous les côtés », raconte Nicole Rullan, maire de Correns, à Var-Matin. Wendy Kluba, qui a perdu son habitation et ses hébergements touristiques à Cotignac, évoque un front de flammes « haut de 40 mètres », « rouge », qui faisait « le bruit d'un avion ». Prise en charge par la cellule d'urgence médico-psychologique, elle dit vivre en « hypervigilance ».
L'enquête s'oriente vers des mises à feu volontaires
Le procureur de la République de Draguignan, Pierre Couttenier, a indiqué que « l'hypothèse de mises à feu volontaires est sérieusement envisagée » pour la reprise du 31 juillet, selon Var-Matin. Au total, 24 enquêtes ont été ouvertes pour établir les causes des départs de feu, regroupées en treize procédures judiciaires, dont deux confiées à un juge d'instruction.
Autour du seul massif du Gros Bessillon, six départs de feu impliquant une intervention humaine ont été recensés depuis le 24 juillet. Deux nouveaux foyers suspectés d'être volontaires ont été signalés dans la nuit du 3 au 4 août à Montfort-sur-Argens et Barjols. Les enquêteurs restent prudents : « Rien ne permet de les relier entre eux », souligne le colonel Grégory Goumain, commandant du groupement de gendarmerie du Var, qui évoque « potentiellement six incendiaires ».
Un homme de 23 ans, interpellé le 25 juillet, a été mis en examen et placé en détention provisoire. Soupçonné d'une dizaine de départs de feu entre le 19 et le 24 juillet dans le secteur de Brignoles, il a reconnu être à l'origine de l'un des incendies du 24 juillet. Aucun lien n'a toutefois été établi avec la reprise du 31 juillet.
Moyens toujours importants et solidarité locale
Ce mercredi, 800 sapeurs-pompiers sont déployés, appuyés par 250 engins, des hélicoptères bombardiers d'eau, un hélicoptère de commandement et une équipe de drones pour localiser les foyers résiduels. Le préfet du Var maintient plusieurs mesures de précaution : fermeture de massifs forestiers et de routes départementales, interdiction du transport de bidons de carburant prolongée, et appel au report des feux d'artifice. Le département est en vigilance orange canicule.
La mobilisation locale est forte. « L'alimentation et la logistique sont essentielles pour nous. Le personnel a besoin de repas chauds », rappelle le directeur du SDIS du Var, Éric Grohin. À Correns, des bénévoles se relaient chaque jour pour préparer les repas des pompiers. « On agit sur plusieurs fronts. Déjà, on fait de vraies rations, du vrai manger », relativise Greg, l'un d'eux, dans Var-Matin. Un réseau d'entraide indispensable pour épauler les troupes engagées dans la plus longue bataille contre le feu de l'histoire du département.



