Seul dans le box des accusés, Guillaume Bucci, 51 ans, répond depuis ce lundi devant la cour d’assises de Digne-les-Bains (Alpes-de-Haute-Provence) de viols aggravés, actes de torture et de barbarie et proxénétisme aggravé commis entre 2015 et 2022 sur son ex-compagne Laëtitia R. Cette solitude de l’accusé interroge.
Des clients non poursuivis
Si Guillaume reconnaît les faits mais nie sa culpabilité, arguant de jeux sadomasochistes consentis, l'instruction a mis en évidence l'existence d'autres hommes, « clients » ou « amis » de l’accusé, qui ont violenté Laëtitia. Prostituée volontairement au début, puis contrainte, Laëtitia R. explique avoir été commandée par Guillaume Bucci pour recevoir des hommes venus pour des pratiques parfois violentes, aux tarifs fixés par son compagnon.
Des violences enregistrées
Dans un enregistrement audio, un client était entendu, parmi les hurlements et les pleurs de Laëtitia R., « la frapper avec une canne, une cravache, une ceinture, une planche de bois », notent les enquêteurs. Une planche de bois, en l’espèce une raquette de padel, maculée de sang, dont Laëtitia R. a conservé une photo. Ce jeudi à l’audience, une photo du visage tuméfié de la victime a été projetée à la cour, attribuée par l’accusé à un autre « client ».
De multiples épisodes de violences exercés par d’autres personnes avec la complicité de l’accusé sont relatés. « Et là, je sens une main inconnue me toucher », a livré Laëtitia R., tandis que Guillaume Bucci « offrait » la victime à des amis ou les invitait à les rejoindre. Par surprise cette fois-là, ce qui suggère un viol, alors que « d’ordinaire il me prévenait au moins cinq minutes avant », a-t-elle expliqué.
Au moins 500 personnes possiblement concernées
Autant de faits aux auteurs non poursuivis par la justice à ce jour. Dans son entretien avec le psychiatre et sexologue Pierre Stehle, Laëtitia R. a déclaré environ « 500 relations de libertinage », consistant, selon les commandements de Guillaume Bucci, en des rapports non protégés avec des inconnus près de la gare ou sur des aires d’autoroute. Elle a indiqué avoir eu jusqu’à 14 « clients » en vingt-quatre heures. Autant d'hommes qui auraient pu apporter à la compréhension du dossier comme témoins, à défaut d'être poursuivis.
Un travail colossal pour les enquêteurs
Un travail colossal pour les enquêteurs et un parquet d'un département de 170 000 habitants, au risque de noyer l'enquête. « D’un point de vue stratégique, quand on a de multiples victimes ou auteurs, l’instruction peut prendre énormément de temps et celui de détention provisoire est limité. Ce qui fait que l’on ne va pas risquer une remise en liberté », observe Me Philippe-Henry Honneger, avocat de Laëtitia R. et de ses enfants.
Dans cette affaire, « Laëtitia souhaitait que ça aille vite », explique son conseil, alors que l’interpellation de Guillaume Bucci remonte à juin 2022. « La chose la plus importante est de respecter la demande de Laëtitia qui a fait ce choix », considère Eli, une militante féministe venue soutenir la victime chaque jour d’audience.
Des identifications difficiles
Contrairement à l’affaire Pélicot où Dominique Pélicot avait conservé une archive vidéo avec les noms et numéros de téléphone de ses complices, il faudrait ici retrouver les données de connexion des sites de prostitution et les numéros de téléphone échangés. « Et toutes ces traces d’appels on ne les a pas retrouvées », indique Me Honneger.
Seules solutions à présent : soit le parquet s’auto-saisit, soit une association engagée contre les violences faites aux femmes saisit le procureur de la République et espère qu’une enquête soit déclenchée. « Ce n’est pas satisfaisant que certains restent dans l’impunité », estime Catherine, qui pense que « si la justice s’en donnait les moyens », elle retrouverait les auteurs. Ce procès aurait alors un tout autre retentissement.



