Ostéopathe jugé à Strasbourg pour 29 viols et agressions sexuelles
Ostéopathe jugé pour 29 viols et agressions sexuelles

Le procès d’un ostéopathe de 37 ans, accusé de viols et d’agressions sexuelles sur 29 patientes, s’est ouvert lundi devant la cour criminelle du Bas-Rhin à Strasbourg. Le praticien, qui encourt 20 ans de réclusion, conteste l’intention sexuelle de ses gestes. Les débats doivent durer jusqu’au 10 juin.

Un praticien sous contrôle judiciaire

Pierre Garitte, 37 ans, exerçait depuis 2014 et était implanté à Eschau, une banlieue cossue au sud de Strasbourg. Il comparaît libre, sous contrôle judiciaire, et encourt 20 ans de réclusion criminelle. Il a été renvoyé devant la cour criminelle du Bas-Rhin pour des viols sur huit patientes et des agressions sexuelles sur 21 d’entre elles, « commis par une personne abusant de l’autorité que lui confère sa fonction », selon l’accusation. Après l’examen de questions de procédure, la cour doit entendre lundi les témoignages de la famille de l’accusé et d’experts psychiatres. Les 29 patientes – dont 23 s’étaient constituées parties civiles à quelques jours de l’ouverture – l’accusent de leur avoir touché les parties intimes en consultation.

Des gestes proscrits en ostéopathie

Or, tout toucher « interne » est proscrit dans cette profession relevant des pratiques de soins non conventionnelles, a précisé à l’AFP Philippe Sterlingot, porte-parole de l’Unité pour l’ostéopathie. En garde à vue, Pierre Garitte a d’abord affirmé s’être cantonné à des « points de pression dans la zone du périnée », avant de reconnaître les gestes qui lui étaient reprochés, mais en niant toute intention sexuelle, selon une source proche du dossier. Placé sous contrôle judiciaire, il a interdiction d’exercer son métier. Son avocat, Yves Sauvayre, s’est borné à affirmer qu’il défendrait son innocence et que ses actes n’avaient aucun caractère sexuel. Bien que la première plainte à son encontre remonte à 2018, l’enquête n’a réellement débuté qu’avec la plainte pour viol d’une patiente en octobre 2020.

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La confiance thérapeutique au cœur des débats

En épluchant le répertoire de patientes du praticien, les enquêteurs ont remonté le fil et identifié d’autres femmes témoignant d’actes répréhensibles. « Cette affaire révèle une violence profonde : ces femmes ont remis leur corps à un soignant parce qu’elles pensaient que leur vulnérabilité serait protégée par l’éthique même du soin. Et c’est justement cette confiance thérapeutique qui sera au cœur des débats », a déclaré Sendegul Aras, avocate de six parties civiles. Voir un professionnel de santé jugé pour des violences sexuelles est encore rare, notent plusieurs observatrices. Mais le tabou qui les entoure se lève progressivement depuis une dizaine d’années, relève Emmanuelle Piet, présidente du Collectif féministe contre le viol. Les professionnels de santé sont mieux formés à recueillir le consentement des patientes, et les patientes dénoncent davantage des actes qui leur semblent anormaux.

« En aucun cas le viol ne fait partie du soin »

Aboutissant à des procès comme ceux, à venir, des gynécologues Phuoc-Vinh Tran, renvoyé pour viols et agressions sexuelles sur une centaine de patientes, ou Emile Daraï à Paris, mis en examen pour violences volontaires. Pour Sonia Bisch, présidente de l’association Stop aux violences obstétricales et gynécologiques, alléguer l’absence d’intention sexuelle pour se défendre d’avoir violé ou agressé relève de la « désinformation » et d’une volonté de « brouiller les cartes ». « Ce n’est pas parce qu’on consent à des soins qu’on va consentir à tout et de n’importe quelle manière. » « Il y a une stratégie, chez les agresseurs professionnels, de laisser penser que ça fait partie du soin », estime aussi Emmanuelle Piet. « Mais en aucun cas le viol ne fait partie du soin. »

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Pas de huis clos

La plupart des procès pour viol se tiennent à huis clos, mais à quelques jours de l’ouverture, aucune demande en ce sens n’a été déposée. Seule une plaignante a demandé un huis clos partiel, pour être entendue sans public. « Ce qui envahit ma cliente, c’est que ce procès se tienne, qu’il (l’accusé, NDLR) assume ses responsabilités », plus de cinq ans après le début de la procédure, a affirmé à l’AFP Anne-Sophie Wagnon-Horiot, avocate d’une autre patiente. « Et au-delà de ça, ce qui est important pour elle, c’est que ça serve pour les autres. D’où le fait qu’on ne demande pas le huis clos : que ça puisse faire résonance chez des personnes qui n’ont pas osé, ou qui n’ont pas pu, ou qui ont cru que c’était de leur faute. »