Qu'est-ce que l'enfantisme, l'idée qui monte ?
Qu'est-ce que l'enfantisme, lié aux luttes féministes ?

Depuis quelques années, le mot « enfantisme » circule dans les milieux militants et académiques. Il désigne la discrimination envers les enfants, un phénomène encore peu reconnu mais qui gagne du terrain, notamment dans les mouvements féministes. Ce concept, venu de l'anglais « childism », bouscule les idées reçues sur l'enfance et l'autorité.

Le terme a été théorisé en 2012 par la psychologue américaine Elisabeth Young-Bruehl dans son ouvrage Childism : Confronting Prejudice Against Children. Elle y expliquait que les enfants subissent des préjugés systématiques, comparables au sexisme ou au racisme. « Les enfants sont le dernier groupe contre lequel la discrimination est encore considérée comme acceptable », écrivait-elle. Une formule qui a marqué les esprits.

Un concept venu d'outre-Atlantique

L'enfantisme ne se limite pas à la violence physique. Il englobe aussi les attitudes paternalistes, le déni de parole et la mise à l'écart des enfants des décisions qui les concernent. Young-Bruehl identifiait trois formes principales : la domination, l'exploitation et la négligence. Selon elle, ces préjugés sont ancrés dans la culture et se transmettent de génération en génération.

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Le terme est parfois confondu avec l'« adultisme ». Si les deux désignent la discrimination envers les enfants, l'adultisme insiste davantage sur le privilège des adultes. L'enfantisme, lui, met l'accent sur le système de croyances qui justifie cette infériorisation.

Quand le féminisme s'empare de l'enfantisme

Le lien entre féminisme et enfantisme paraît évident à de nombreuses militantes. Dans les deux cas, il s'agit de luttes contre des systèmes de domination fondés sur des critères biologiques ou sociaux. Les femmes et les enfants ont longtemps partagé un même statut : celui d'êtres considérés comme dépendants et incapables de jugement.

Cette convergence s'est manifestée publiquement lors de la journée internationale des droits des femmes de mars 2026, où plusieurs collectifs féministes ont intégré la question de l'enfantisme à leurs revendications. Des ateliers de « parentalité féministe » voient également le jour, invitant les adultes à repenser leur rapport aux enfants.

Des exemples concrets dans la vie quotidienne

L'enfantisme se reproduit dans des gestes apparemment anodins. Un adulte qui coupe la parole à un enfant, qui décide pour lui sans l'écouter, ou qui utilise des phrases comme « tu es trop petit pour comprendre » en est une illustration. À l'école, les enfants sont rarement consultés sur leur rythme ou leurs méthodes d'apprentissage. Dans la famille, leur avis est souvent ignoré au prétexte de leur jeune âge.

Ces discriminations ont des conséquences mesurables sur la construction psychologique des enfants. Des chercheurs en psychologie du développement estiment que la prise de parole des enfants favorise leur estime de soi et leur autonomie, des éléments clés pour leur future vie citoyenne.

Les critiques du concept

L'enfantisme ne fait toutefois pas l'unanimité. Certains sociologues lui reprochent d'être trop vague, car la situation d'un bébé, d'un adolescent ou d'un jeune adulte n'est pas comparable. D'autres rappellent que les enfants ont besoin d'une protection spécifique, et que la responsabilité des adultes ne doit pas être niée au nom d'une égalité formelle.

Des philosophes ajoutent que l'enfantisme ne tient pas compte des différences culturelles. Dans certaines sociétés, l'enfant est avant tout perçu comme un être à éduquer, et non comme un individu autonome. Mais pour les défenseurs de la cause, ce concept a le mérite de mettre des mots sur une réalité longtemps invisible.

Vers une reconnaissance progressive

Malgré les débats, l'enfantisme s'impose peu à peu comme une notion utile pour comprendre les inégalités. Des associations de défense des droits de l'enfant reprennent ce terme dans leurs plaidoiries. Des chercheuses en études de genre l'intègrent à leurs analyses. En 2026, un colloque international est même prévu à Paris sur les liens entre enfance et féminisme.

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Le chemin reste long, mais une certitude émerge : la parole des enfants est de plus en plus considérée comme une ressource, et non comme un obstacle. En reliant cette cause aux luttes féministes, les militantes espèrent donner naissance à un mouvement plus inclusif, qui ne laisserait personne de côté. À commencer par les plus petits.