Le 3 août 2025, un incendie nocturne a détruit deux restaurants situés à l'entrée de Saint-Guilhem-le-Désert : « Le Petit Jardin » et « L'Oustal Fonzes ». Un an plus tard, l'offre de restauration du village s'est recomposée. Selon l'agence Hérault Tourisme, une quinzaine de lieux, toute restauration confondue, permettent de nourrir en moyenne un millier de personnes par jour, un volume qui peut être multiplié par deux ou trois selon les périodes.
Un an après le sinistre, un visage plus calme
Mercredi 29 juillet, premier constat en arrivant à Saint-Guilhem : le village est relativement tranquille, et les parkings sont accessibles sans difficulté. En fin de matinée, les tables des terrasses sont occupées par une clientèle qui consomme surtout des boissons. Sur la place, le va-et-vient est constant, et certains déjeunent debout, un sandwich à la main, ou assis sur les bancs publics. C'est le cas d'un groupe installé devant l'abbaye, venu de Meaux.
« On veut manger rapidement, c'est plus pratique. Ce matin, on est venus tôt, et on a pris un déjeuner. Mais on a trouvé que c'était intéressant, parce qu'il y a plusieurs propositions et pour toutes les bourses. Les prix des formules sont corrects », détaille Jennifer. Deux jeunes Vendéens, eux, sortent de l'office de tourisme, où ils se sont renseignés pour des balades. Pour le déjeuner, la solution se trouve dans leur sac à dos : ils ont prévu de pique-niquer.
Des habitudes qui se transforment
Cette évolution des comportements se vérifie aussi sur la place du village, sous le vieux platane. Arthur, Clément, Merlin et Noé, venus de Fabrègues et de Saussan, se partagent un saucisson. « C'est toujours compliqué de trouver des places, on voulait juste boire un coup, mais on nous a dit que ce n'était plus possible », racontent-ils. À midi, ils ont dû se rabattre sur des boissons en bouteille, faute de place dans les établissements.
Un peu plus loin, dans la rue du Bout du Monde, la brasserie La Sarde propose des planches de produits locaux et des assiettes gourmandes pour accompagner ses bières artisanales. Le patio ne compte que quelques tables, et l'attente peut être longue. Un couple repart d'ailleurs visiblement mécontent, estimant qu'on lui a passé devant.
Les professionnels entre espoir et prudence
Chez Emmanuelle, on trouve des fromages, mais aussi de la charcuterie locale et des produits d'épicerie fine. La commerçante prépare des casse-croûte et constate que sa clientèle a changé : « Je prépare des casse-croûte, les gens achètent des produits pour se préparer des en-cas. Mais je n'ai pas davantage d'activité depuis que les restaurants ont brûlé. Je pense que ce n'est pas la même clientèle. Je vois surtout des marcheurs », explique-t-elle, en soulignant que le mois de juillet « a été plus calme que l'an dernier ».
En redescendant par la rue principale, le restaurant À tantôt propose une restauration rapide « fait maison ». Laurence et Hervé, d'Annemasse, en Haute-Savoie, récupèrent leur commande. « On a choisi cet endroit parce que ça a l'air bon, et surtout, on a fait une balade de quelques heures avant d'aller au Salagou », confient-ils. La fréquentation actuelle est en dents de scie, avec une demande à la fois de bons produits et de petits prix, note l'agence départementale du tourisme.
Un tourisme à réinventer
À l'office de tourisme intercommunal Saint-Guilhem-Vallée de l'Hérault, on suit de près l'évolution des habitudes. La directrice, Fabienne Barrère-Ellul, souligne l'impact de la disparition des deux gros restaurants : « C'étaient deux gros partenaires. Quand il faut réceptionner 50 personnes, il n'y a pas plusieurs possibilités. On essaie de les rerouter vers d'autres villages de la Vallée de l'Hérault, mais ce n'est pas simple. »
Elle relève néanmoins une tendance de fond : « Il y a une volonté d'aller vers un tourisme durable. » Selon elle, l'incendie doit servir de déclencheur pour repenser l'accueil. « On soutient et on accompagne tous les professionnels vers la qualité. Il y a très peu de menus dans d'autres langues par exemple, alors que la clientèle étrangère représente 38 %. Il faudrait au moins une présentation en anglais. Il faut aussi évoluer sur de nouvelles techniques de restauration, on doit s'adapter aux besoins des visiteurs. »
L'objectif affiché est également de mieux gérer les flux de fréquentation et de travailler à l'attractivité touristique hors saison, afin d'éviter que le village ne dépende uniquement des pics estivaux. Un an après le drame, Saint-Guilhem-le-Désert cherche encore son nouvel équilibre.



