La famille de Theo Sanha, décédé dans sa cellule de la prison de Fresnes (Val-de-Marne) en janvier 2022, a saisi le tribunal administratif de Melun pour faire condamner l'État. Elle accuse l'administration pénitentiaire d'avoir « laissé sombrer » le jeune homme de 28 ans, entraînant sa mort.
Une série de dysfonctionnements dénoncée
Le matin du 11 janvier 2022, alors que sa mère se rendait au tribunal pour assister à sa comparution, Theo Sanha était déjà retrouvé mort dans des conditions sordides. Son corps, nu et en position fœtale, baignait dans l'urine au milieu de déchets. Une information judiciaire avait été ouverte, et l'Inspection générale de la justice (IGJ) avait pointé dans un rapport de mars 2022 une succession de « défaillances » et de « négligences » ayant conduit au « délaissement puis à l'abandon du détenu ».
Un profil nécessitant une prise en charge adaptée
Theo Sanha, qui présentait six mentions à son casier judiciaire pour vols et escroquerie, avait été examiné à plusieurs reprises par un médecin. L'IGJ estimait que son profil aurait requis une « réaction individuelle ou collective de prise en charge adaptée », et non une « gestion déshumanisée, ostensiblement distanciée et inadaptée ». En septembre 2023, une juge d'instruction parisienne a été saisie pour homicide involontaire et non-assistance à personne en danger.
La famille se dit « trahie »
Dans leur recours déposé en mai devant le tribunal administratif de Melun, les proches de Theo Sanha réclament 50 000 euros chacun pour préjudice moral et 5 000 euros pour frais de justice. Ils estiment que l'État, qui avait la garde et la responsabilité de leur proche, les a « trahis ». Le ministère de la Justice, la direction de l'administration pénitentiaire et la maison d'arrêt de Fresnes n'ont pas répondu dans l'immédiat.
Des sanctions disciplinaires mais pas de mise en examen
Après le drame, plusieurs surveillants ont été sanctionnés disciplinairement pour manquements, notamment pour avoir négligé les contrôles visuels de la cellule la nuit de la mort. Cependant, sur le plan pénal, la juge d'instruction a conclu ses deux ans d'investigation sans mise en examen. Elle estime que les fautes du personnel ne constituent pas une « cause directe » du décès, qualifié d'« origine naturelle » et « imprévisible ». Les surveillants, même fautifs, ne se seraient pas volontairement abstenus de porter secours.
Un changement de comportement radical
La famille accuse la prison d'avoir « réduit les chances de survie » de Theo Sanha en négligeant son état psychique. L'avocat Antoine Ory a dénoncé « l'incapacité de l'administration pénitentiaire à traiter dignement des détenus fragiles sur le plan psychiatrique ». Selon l'enquête, Theo Sanha avait adopté des comportements bizarres après son passage à l'unité pour détenus avec troubles psychiatriques : il s'urinait dessus, ne parlait plus, refusait de se lever, jetait sa nourriture, déchirait ses barquettes avec ses dents, vivait nu et cassait le mobilier. Il mélangeait ses pâtes avec du dentifrice et ingérait de l'eau de javel.
Un psychiatre contesté
Le psychiatre qui l'avait examiné avait jugé ses troubles « factices », destinés à obtenir une sortie de détention. La famille a demandé à auditionner ce médecin, mais la juge a rejeté la requête, s'appuyant sur des experts judiciaires qui ont estimé la prise en charge médicale « adaptée ». La famille a fait appel de cette décision.



