Un juge d'instruction français a délivré le 25 juillet 2025 un mandat d'arrêt international contre un ancien premier secrétaire de l'ambassade d'Algérie à Paris, soupçonné d'avoir participé à l'enlèvement en avril 2024 de l'opposant Amir Boukhors, dit Amir DZ. L'homme, présenté comme un agent du renseignement algérien, est visé pour enlèvement et association terroriste.
Ce qu'il faut retenir
Un mandat d'arrêt international a été délivré le 25 juillet 2025 contre S.S., ex-premier secrétaire de l'ambassade d'Algérie en France, soupçonné de l'enlèvement d'Amir Boukhors, opposant algérien, en avril 2024 en région parisienne. S.S., présenté comme un sous-officier de la DGDSE sous couverture diplomatique, est visé pour enlèvement, séquestration et association terroriste. Il ne serait plus en France et pourrait invoquer une immunité fonctionnelle. Au moins sept personnes ont été mises en examen dans ce dossier qui ravive les tensions entre Paris et Alger. Amir Boukhors, installé en France depuis 2016, a obtenu l'asile politique en 2023.
Un mandat d'arrêt émis en juillet dernier
Le mandat d'arrêt, visant S. S., un Algérien âgé de 37 ans, a été émis le 25 juillet 2025 par un juge d'instruction pour "arrestation, enlèvement et séquestration en relation avec une entreprise terroriste et association de malfaiteurs terroriste criminelle", selon la source proche du dossier. Le 23 juillet 2025, le parquet national antiterroriste (Pnat), qui a repris l'enquête en février, avait requis la délivrance d'un mandat d'arrêt contre S. S., estimant qu'il existait des "présomptions graves" qu'il ait commis les faits reprochés, a-t-elle précisé.
Un sous-officier algérien de la DGDSE
L'influenceur Amir Boukhors, dit Amir DZ, avait été enlevé le 29 avril 2024 en région parisienne puis relâché le 1er mai. Dans un rapport d'enquête daté d'avril, la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) incrimine cet ancien responsable de l'ambassade algérienne à Paris, avait rapporté une autre source proche du dossier. Présenté comme un "sous-officier algérien de la DGDSE", un service de renseignement de ce pays, S. S. aurait été présent à Paris "sous la couverture diplomatique de premier secrétaire" de l'ambassade d'Algérie. C'est "une avancée importante pour éviter autant que possible l'impunité des agents algériens impliqués dans les faits qui sont d'une évidente gravité", a réagi Eric Plouvier, avocat d'Amir Boukhors, sollicité par l'AFP.
Au moins sept personnes mises en examen
L'homme n'est probablement plus en France et pourrait faire valoir une éventuelle immunité. "Il serait périlleux de considérer que l'arrestation d'opposants politiques sur le territoire français entre dans le périmètre des fonctions d'un diplomate et une fois sa mission prétendument + diplomatique + terminée, l'agent du contre-espionnage algérien ne disposait plus que d'une immunité fonctionnelle" accordée aux agents d'Etat, a ajouté Me Plouvier. Au moins sept personnes, dont un agent consulaire algérien, ont été mises en examen. Elles sont soupçonnées d'avoir été principalement des exécutants ayant agi contre rémunération, sans mobile politique, selon d'autres sources proches du dossier.
"Un soulagement"
L'avancée des investigations est "un soulagement", a réagi auprès de l'AFP Amir Boukhors. "J'ai vu la mort" pendant son enlèvement qui a duré "27 heures", dans une forêt en Seine-et-Marne, a-t-il confié. Installé en France depuis 2016, Amir Boukhors, 42 ans, compte un million d'abonnés sur TikTok. Opposant au régime du président algérien Abdelmadjid Tebboune, il a obtenu l'asile politique en France en 2023. Alger a émis neuf mandats d'arrêt internationaux à son encontre notamment pour escroquerie ou infractions terroristes. La justice française a refusé son extradition en 2022. "Dans l'hypothèse d'une future arrestation, il sera bien entendu très intéressant d'entendre les explications de l'intéressé (S. S.) et d'essayer de savoir de qui il a reçu les ordres pour mener cette opération spéciale", a commenté Me Plouvier, estimant "difficile aujourd'hui d'attendre, dans le contexte actuel, une coopération des autorités algériennes". Cette procédure judiciaire a ravivé les tensions entre la France et l'Algérie, dont les relations ne cessent de se dégrader depuis l'été 2024.



