Ce dimanche 26 avril, à l'occasion de la Journée nationale du souvenir des victimes et des héros de la Déportation, une cérémonie émouvante s'est déroulée devant le monument de la Résistance à Saint-Affrique. Environ 70 personnes, parmi lesquelles des élus, des anciens combattants, des gendarmes, des sapeurs-pompiers et des habitants, se sont rassemblées pour rendre hommage aux 113 résistants aveyronnais décédés dans les camps de concentration.
Un rassemblement pour ne pas oublier
Les autorités civiles présentes comprenaient le maire et conseiller régional Clément Carles, le vice-président du Département Sébastien David, la conseillère départementale Émilie Gral, ainsi que la conseillère régionale Anne-Claire Solier Assier. Des représentants des forces de l'ordre et des services de secours étaient également présents, témoignant de l'importance de ce devoir de mémoire.
Un appel à la vigilance démocratique
Christian Boucharin, conseiller municipal délégué, a pris la parole pour déclarer : "Se souvenir, c'est refuser l'oubli. En rendant hommage à ces femmes, ces hommes et ces enfants, nous affirmons notre attachement aux valeurs de liberté, d'égalité et de fraternité." L'historien Henri Moizet a ensuite livré un discours poignant, rappelant que "la déportation ne saurait être un banal thème d'histoire. Son contenu factuel effroyable la transforme en un sujet de réflexion pour notre pratique démocratique et citoyenne."
Il a souligné l'inhumanité de cette période, de 1933 à 1945, et la difficulté de comprendre comment une telle barbarie a pu être conçue par des êtres humains réputés civilisés. Pour illustrer son propos, il a cité les noms de résistants du Sud-Aveyron victimes de la Déportation, tels que Léon Freychet et François Galtier de Roquefort, les jeunes Lucien Baron et ses amis maquisards du Bouscalous, les Saint-Affricains Ricardo Frangi et Barnabé Ortéga, ainsi que Roger Soulier, Maurice Jouffray, Jean Ferrand, Jean Michaut de Camarès, Marie-Jeanne Gantou-Bauer de Saint-Affrique, Louis Noyrigat, Odette Brengues et maître de La Baume de Millau.
Les rafles en Aveyron
L'historien a rappelé que le 26 août 1942, une première rafle de juifs a eu lieu en Aveyron, entraînant 185 arrestations, principalement dans le Sud, à Millau, Saint-Affrique et dans les villages voisins. D'autres rafles se sont déroulées de janvier à mars 1943, puis en avril 1944 à Rodez et même le 6 juin 1944 à Espalion. Au total, 900 juifs ont été raflés dans le département, un chiffre qui aurait pu être plus élevé sans les sauvetages effectués par des concitoyens.
Sur les 221 résistants aveyronnais déportés, 113 sont morts dans les camps. "Eux tous doivent servir d'ancrage à notre refus d'oublier", a insisté Henri Moizet. "Nous ne devons ni occulter la vérité des camps de la mort, ni abandonner sa transmission mémorielle."
Un appel à la lucidité
En conclusion, l'historien a lancé un appel à la vigilance : "Soyons assez lucides pour nous opposer aujourd'hui à la répétition des mêmes erreurs et suffisamment courageux pour dénoncer toutes les formes nouvelles de racisme après l'abject antisémitisme séculaire." Cette cérémonie a ainsi été l'occasion de réaffirmer l'importance du devoir de mémoire et de la transmission aux générations futures.



