Le documentaire Cotton Queen, réalisé par la cinéaste soudanaise Suzannah Mirghani, offre un témoignage poignant de la lutte des femmes soudanaises pour leurs droits et leur liberté. Présenté en avant-première mondiale lors du Festival de Cannes 2026, ce film a été salué par la critique pour sa représentation authentique et émouvante de deux générations de femmes confrontées à l'oppression et à la résistance.
Un récit à travers deux générations
Le film suit l'histoire de Nafisa, une jeune femme de 25 ans, et de sa grand-mère, Fatima, âgée de 70 ans. Toutes deux vivent dans un village reculé de la région du Nil Bleu, au Soudan, où la culture du coton est l'activité principale. Alors que Fatima a vécu les années de dictature et les restrictions imposées aux femmes, Nafisa incarne la nouvelle génération qui aspire à la liberté et à l'égalité. Leur relation, faite de tensions et de complicité, illustre les évolutions et les résistances au sein de la société soudanaise.
Un contexte historique et politique
Le documentaire s'inscrit dans le contexte post-révolutionnaire du Soudan, où les femmes ont joué un rôle clé dans les manifestations de 2018-2019 qui ont conduit à la chute du président Omar el-Béchir. Cependant, le coup d'État militaire de 2021 a ravivé l'incertitude et la répression. Le film capture cette atmosphère de tension et d'espoir, montrant comment les femmes continuent de se battre malgré les obstacles.
Des chiffres qui parlent
Selon les données de l'ONU Femmes, les femmes représentent près de 70 % des manifestants lors des soulèvements de 2019, mais elles demeurent largement sous-représentées dans les instances de pouvoir. Le film met en lumière cette disparité, tout en soulignant la résilience des femmes soudanaises. "Nous voulons montrer que les femmes ne sont pas seulement des victimes, mais des actrices du changement", a déclaré Suzannah Mirghani lors d'une conférence de presse à Cannes.
Un tournage dans des conditions difficiles
Le tournage de Cotton Queen a été un défi logistique et sécuritaire. L'équipe a dû faire face à des coupures d'électricité fréquentes, à des restrictions de déplacement et à des risques liés au conflit armé dans certaines régions. Malgré ces difficultés, la réalisatrice a tenu à tourner dans les véritables villages de coton pour capturer l'authenticité des lieux et des personnes. "C'était essentiel de filmer sur place, pour rendre hommage à ces femmes et à leur quotidien", a-t-elle ajouté.
Une réception critique et publique
Le film a été projeté dans plusieurs festivals internationaux, notamment à Berlin, Toronto et Carthage, où il a remporté le prix du meilleur documentaire. En France, il sortira en salles le 15 septembre 2026. Les premières critiques soulignent la beauté formelle du film, avec des images saisissantes des champs de coton et des portraits intimes des protagonistes. Le documentaire a également suscité des débats sur la condition féminine au Soudan et dans le monde arabe.
Un appel à la solidarité
Au-delà de son aspect esthétique, Cotton Queen se veut un appel à la solidarité internationale. La réalisatrice espère que le film sensibilisera le public aux luttes des femmes soudanaises et encouragera les soutiens. Des associations comme Women for Sudan ont déjà utilisé le film comme outil de plaidoyer lors de projections-débats. "Le cinéma peut changer les choses, en donnant une voix à celles qui sont réduites au silence", conclut Suzannah Mirghani.



