Les streamers français Naruto et Safine, de leurs vrais noms respectivement Adrien Nougaret et Bastien Lozano, sauront ce mardi 5 août s'ils sont condamnés dans le cadre de l'affaire Jean Pormanove. Le tribunal correctionnel de Paris rendra son délibéré après un procès très suivi, qui a mis en lumière les relations troubles entre certains influenceurs et un homme d'affaires soupçonné d'avoir organisé un vaste système d'évasion fiscale.
Une affaire qui a secoué la sphère des streamers
L'affaire a éclaté en 2024, lorsque des perquisitions ont été menées au domicile de plusieurs streamers, dont Naruto et Safine. Jean Pormanove, ancien conseiller fiscal, est accusé d'avoir aidé de nombreuses personnalités du web à dissimuler une partie de leurs revenus à l'étranger, notamment via des sociétés écrans au Luxembourg et en Suisse. Selon l'accusation, Naruto et Safine auraient bénéficié de ces montages pour échapper à l'impôt sur une partie de leurs revenus issus de leurs activités de streaming et de sponsoring.
Des montants conséquents en jeu
Les sommes en cause sont loin d'être anodines. Selon les informations révélées lors de l'audience, qui s'est tenue en juin dernier, Naruto aurait dissimulé près de 1,2 million d'euros de revenus entre 2019 et 2022, tandis que Safine aurait éludé environ 800 000 euros sur la même période. Ces chiffres ont été avancés par l'avocat de Jean Pormanove, Me Jean-Michel Dahan, qui a toutefois contesté l'implication directe de ses clients dans la mise en place des montages.
Les streamers reconnaissent les faits, mais contestent l'intention
Lors du procès, Naruto et Safine ont reconnu avoir eu recours aux services de Jean Pormanove, mais ont nié avoir eu conscience d'agir illégalement. "Je pensais que c'était de l'optimisation fiscale légale, pas de l'évasion", a déclaré Naruto à la barre, comme l'a rapporté le quotidien Libération. Safine, de son côté, a affirmé qu'il avait suivi les conseils de son comptable sans chercher à comprendre les détails techniques.
Le parquet a requis des peines avec sursis
Le ministère public a requis des peines de six mois de prison avec sursis et 50 000 euros d'amende à l'encontre de chacun des deux streamers. Il a également demandé la confiscation des sommes dissimulées. À l'encontre de Jean Pormanove, le parquet a requis trois ans de prison, dont deux avec sursis, ainsi qu'une amende de 200 000 euros.
Un procès suivi par des millions de fans
L'affaire a suscité un vif intérêt au sein de la communauté des gamers et des fans de streaming, qui ont suivi le procès en direct sur les réseaux sociaux. Naruto et Safine, qui comptent respectivement 2,5 millions et 1,8 million d'abonnés sur Twitch, ont vu leur image écornée par cette affaire. Certains sponsors ont d'ailleurs suspendu leurs contrats en attendant le jugement.
Des conséquences potentielles pour l'ensemble du secteur
Ce jugement est très attendu par l'ensemble de la sphère des influenceurs, car il pourrait établir un précédent en matière de responsabilité pénale des streamers. "Cette affaire envoie un signal fort : les influenceurs ne sont pas au-dessus des lois fiscales", a commenté Me Caroline Fontaine, avocate spécialisée en droit fiscal, citée par Le Monde. Selon elle, les streamers devront être plus vigilants à l'avenir et s'assurer de la conformité de leurs montages.
La défense plaide la bonne foi
Les avocats de Naruto et Safine ont plaidé la bonne foi de leurs clients, soulignant qu'ils avaient toujours coopéré avec la justice et qu'ils avaient régularisé leur situation auprès du fisc avant l'ouverture de l'enquête. "Ils ont commis une erreur, mais ils l'ont réparée", a plaidé Me Claire Dupont, avocate de Naruto. "Leur seul tort est d'avoir fait confiance à un conseiller qui les a induits en erreur."
Le délibéré attendu avec impatience
Le tribunal rendra son délibéré ce mardi à 14 heures. Les prévenus, présents à l'audience, devraient connaître leur sort dans la journée. Quelle que soit la décision, il est probable que l'affaire ne s'arrête pas là, car une partie des prévenus pourrait faire appel.
En attendant, la communauté des streamers retient son souffle, consciente que ce jugement pourrait redéfinir les pratiques en matière de fiscalité dans un secteur en pleine expansion, où les revenus peuvent atteindre des sommets.



