Dans une tribune publiée dans Libération, l'essayiste Mona Chollet exprime son profond malaise face à ce qu'elle nomme un «domicide» : la destruction délibérée et systématique des habitations palestiniennes, notamment à Gaza. Ce terme, encore peu connu du grand public, désigne la destruction de logements comme arme de guerre, une pratique qui, selon elle, vise à effacer la possibilité même d'une vie quotidienne pour les Palestiniens.
Un concept qui prend de l'ampleur
Le «domicide», concept forgé par l'architecte israélien Eyal Weizman, est de plus en plus utilisé dans les cercles académiques et militants pour décrire les opérations militaires qui ciblent les infrastructures civiles. Chollet rappelle que lors de l'offensive israélienne de 2014 à Gaza, plus de 17 000 logements ont été détruits ou rendus inhabitables, selon l'ONU. Elle souligne que cette destruction ne se limite pas aux seuls bâtiments, mais s'attaque aux liens sociaux, aux souvenirs et à l'identité même des communautés.
Une résonance personnelle
Pour Mona Chollet, ce «domicide» a une résonance profondément personnelle. «Ce qui me hante, c'est l'idée de ces familles qui, du jour au lendemain, se retrouvent sans rien, contraintes de fuir avec pour seul bagage quelques affaires, souvent sans savoir où aller», écrit-elle. Elle évoque les images de ruines, de quartiers entiers réduits à l'état de gravats, et l'impuissance des civils pris au piège. Ce sentiment d'impuissance, elle le partage avec de nombreux observateurs, qui voient dans ces destructions une volonté de rendre la vie impossible, poussant à l'exode.
Un appel à la mobilisation
L'essayiste, connue pour ses ouvrages féministes, appelle à une prise de conscience collective. Elle estime que le «domicide» est une forme de violence qui doit être reconnue et condamnée au même titre que les autres crimes de guerre. Elle invite les citoyens, les associations et les gouvernements à agir, non seulement par des déclarations, mais par des actions concrètes, comme le boycott ou les pressions diplomatiques. «Il ne s'agit pas seulement de compassion, mais de justice. Nous avons le devoir de ne pas détourner le regard», insiste-t-elle.
Un débat qui s'élargit
Cette tribune s'inscrit dans un débat plus large sur la qualification des actions israéliennes dans les territoires palestiniens. Plusieurs organisations de défense des droits humains, comme Amnesty International ou Human Rights Watch, ont déjà évoqué le crime d'apartheid. Le concept de «domicide» ajoute une pierre à l'édifice, en mettant l'accent sur la destruction de l'espace domestique comme stratégie délibérée. Selon des données récentes, plus de 250 000 Palestiniens ont été déplacés à l'intérieur de Gaza depuis le début de l'offensive de 2023, selon l'UNRWA.
Un écho dans la société française
En France, la question palestinienne suscite des débats passionnés. La tribune de Mona Chollet a déjà provoqué de nombreuses réactions sur les réseaux sociaux, certains saluant son courage, d'autres la critiquant pour sa position jugée partiale. L'essayiste assume pleinement son engagement, affirmant que la neutralité est impossible face à de telles atrocités. Elle conclut en appelant à une mobilisation citoyenne, rappelant que l'histoire jugera notre silence.



