Dans le Gard, des gendarmes dessinent les visages des criminels
Gard : des gendarmes dessinent les visages des criminels

Trois gendarmes de la brigade départementale de renseignements et d'investigations judiciaires (BDRIJ) du Gard pratiquent une discipline rare et délicate : le portrait-robot réalisé à partir des souvenirs de témoins et de victimes. Formé il y a un an, l'un d'entre eux a rejoint cette mission pour « rester dans le judiciaire et aider les collègues », confie-t-il à Midi Libre. Sur son écran, le visage d'une femme se construit peu à peu : opacité des yeux, volume des cheveux, expression joviale ou agressive.

Des questions ouvertes pour éviter toute suggestion

« Quand on va poser des questions, il ne faut jamais qu'elles soient fermées », explique le portraitiste. La forme du visage, la couleur des yeux, le teint, la coiffure... Chaque détail est passé en revue. Il demande aussi si la personne évoque une célébrité : « ça peut aider », ajoute-t-il.

L'exercice exige une grande rapidité. « Plus on laisse passer de jours, plus les souvenirs sont pollués. C'est pour cela que l'on isole le témoin ou la victime, pour ne pas qu'il soit influencé par d'autres témoins », indique le militaire. La moindre orientation dans une question peut fausser le résultat. « La victime veut à tout prix aider pour que le criminel soit retrouvé. Des fois, elle va confirmer un détail, car elle veut faire plaisir. Elle pense que ça aide. C'est pour ça qu'il ne faut pas lui suggérer une réponse », poursuit-il.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Un recours non systématique, réservé au cadre judiciaire

Ce portrait-robot est un « outil à l'enquête », principalement utilisé dans les affaires d'agressions, de crimes ou de cambriolages de jour. Il n'est sollicité que dans le cadre d'une enquête judiciaire : flagrance, enquête préliminaire ou commission rogatoire. Pour l'assassinat de l'octogénaire au Grau-du-Roi, en juin dernier, la question de réaliser un portrait a été posée. Mais faute d'éléments suffisants et du fait de la présence de caméras, le dessin n'a pas été jugé nécessaire.

La présence de vidéosurveillance suffit souvent à écarter cette méthode. À l'inverse, si la zone n'est pas couverte par des caméras, les enquêteurs recueillent les témoignages. « À partir de ces informations, on va décider si un portrait-robot est judicieux. Car certains vont focaliser sur un œil, les mains, et ça ne suffit pas », observe le gendarme.

Dessiner un souvenir, pas photographier la réalité

Quand la décision est prise, un entretien cognitif est mené. « L'objectif est de le mettre à l'aise pour ensuite pouvoir le plonger dans ses souvenirs. C'est d'ailleurs pour ça que l'on dit que l'on dessine un souvenir, on ne fait pas la photographie d'une personne », précise le militaire. Le témoin ou la victime sort rarement indemne d'une telle épreuve : le traumatisme est souvent encore présent lors de l'audition.

Selon la précision des détails fournis, la réalisation du portrait peut prendre jusqu'à une heure trente. Ensuite, la personne note le dessin. Cette notation permet d'établir un taux de fiabilité. Si la ressemblance est proche de la réalité, le portrait est intégré au logiciel de reconnaissance faciale TAJ (Traitement d'antécédents judiciaires), qui regroupe les personnes fichées par la police et la gendarmerie.

Une diffusion encadrée, des résultats parfois bluffants

Le portrait peut ensuite être versé à la procédure. Avec l'accord du magistrat, il peut aussi être diffusé au grand public pour maximiser les chances d'identifier un suspect. « Mais ce n'est pas une preuve matérielle, nuance le gendarme. Le souvenir est modifiable. »

Chaque année, environ quatre portraits-robots sont réalisés dans le cadre d'enquêtes menées dans le Gard. Des travaux qui transforment des souvenirs en visages, parfois avec une précision surprenante. « L'année dernière, mon collègue est intervenu pour l'affaire de la joggeuse agressée à Vergèze. Grâce aux témoins, le portrait était très ressemblant à l'agresseur », illustre le gendarme. Le dessin n'avait finalement pas été glissé en procédure, mais il témoigne de la pertinence de cette mission minutieuse.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale