Assigné à Lyon, mais expulsable en Russie. C’est la situation quelque peu incompréhensible que vit Osmane (prénom modifié), frère cadet de l’auteur de l’attentat djihadiste d’Arras. « Je ne comprends plus rien. Ça n’a pas de sens. J’ai été libéré avec un contrôle judiciaire et une interdiction de quitter Lyon où je devais aller. Et à peine une trentaine de minutes de liberté plus tard, j’ai été arrêté et placé en rétention administrative en attendant mon expulsion », raconte-t-il à l’AFP.
Les faits de l'attentat
Le 13 octobre 2023, Mohammed Mogouchkov, un jeune Russe radicalisé originaire de la province d’Ingouchie, a poignardé à mort son ex-professeur Dominique Bernard dans son ancien lycée et blessé trois autres personnes avant d’être interpellé. Un événement qui a profondément choqué, presque trois ans jour pour jour après l’assassinat de Samuel Paty.
Assigné à résidence
Osmane, âgé de 16 ans, né à Varsovie mais également de nationalité russe, a été mis en examen pour complicité d’assassinat et tentatives d’assassinat en relation avec une entreprise terroriste, ce qu’il nie. La tenue du procès de cet attentat n’a pas encore été fixée, l’enquête ayant été close fin mars et le parquet national antiterroriste n’ayant pas rendu son réquisitoire.
Osmane a passé deux ans et demi en prison avant d’être remis en liberté le 16 avril et assigné à résidence sous bracelet électronique à Lyon par la cour d’appel de Paris. Le tout assorti d’un contrôle judiciaire strict et une interdiction de quitter Lyon, et a fortiori le territoire. Les enquêteurs le soupçonnent d’avoir montré à son frère comment manier un couteau.
Sous OQTF, emmené en CRA
Sa sortie de prison était planifiée. Il était prévu qu’il soit pris en charge par l’antenne lyonnaise d’une association. « On est venu me chercher à la sortie de la maison d’arrêt d’Osny-Pontoise pour me conduire à Lyon. Nous avons roulé environ 30 minutes, 30 minutes de liberté, avant que nous ne soyons arrêtés par des policiers de la Bac (brigade anti-criminalité) », poursuit-il.
Direction le centre de rétention administrative (CRA) du Mesnil-Amelot (Seine-et-Marne) en vue d’une expulsion vers la Russie, en application d’une OQTF (obligation de quitter le territoire français). « Trois juges d’instruction antiterroristes ont décidé de me faire sortir. Cette décision a été confirmée en appel assortie d’une interdiction de quitter Lyon et là, on me dit que je suis obligé de quitter la France. C’est totalement illogique. Ça a ni queue, ni tête », déplore-t-il.
De « culture française »
Le 8 avril, quelques jours après son arrivée à la maison d’arrêt d’Osny-Pontoise (Val-d’Oise), il lui a été délivré une OQTF, qu’il ne comprend pas. « Il n’y a aucune logique. Jugez-moi ! » Il a fait un recours contre cette OQTF, qui devrait être examiné prochainement.
Le lendemain de son arrivée en CRA, il a déposé un recours, rejeté le 22 avril, et sa rétention administrative a été prolongée jusqu’à la mi-mai, selon le texte de l’ordonnance consultée par l’AFP. « Je suis arrivé en France à l’âge de deux ans. J’y ai fait toute ma scolarité. Je suis de culture française, mais aussi de culture ingouche par mes parents », retrace Osmane.



