Me Iris Christol, avocate pénaliste et ancienne bâtonnière adjointe de Montpellier, dresse un constat alarmant de l'état de l'institution judiciaire française. Elle dénonce un phénomène inquiétant : de plus en plus de ses clientes, victimes de violences sexuelles souvent subies pendant l'enfance, retirent leur plainte en raison des lenteurs procédurales. Selon elle, ce retrait est une conséquence directe de l'engorgement des services judiciaires et d'enquête.
Un naufrage collectif dû au manque de moyens
Me Christol affirme que tout a été mis en œuvre ces dernières années pour cultiver l'impuissance de l'institution judiciaire. Elle parle d'un « naufrage collectif » causé par un manque criant de moyens. Les plaignantes, après avoir trouvé le courage de déposer plainte, se heurtent à une attente interminable. « Elles attendent qu'on se saisisse de leur dossier, mais il ne se passe rien », déplore-t-elle. Cette attente vaine aggrave le traumatisme initial, réduisant à nouveau les victimes au rang d'objets impuissants, ignorés par la justice.
Le parcours du combattant des victimes
Déposer plainte pour violences sexuelles est un acte extrêmement douloureux, surtout lorsque les faits remontent à l'enfance. Les victimes espèrent qu'enfin, après avoir été traitées comme des objets sexuels, la justice va agir. Mais souvent, rien ne se passe. Me Christol souligne que la prescription pour les viols sur mineurs a été étendue à trente ans après la majorité, mais prouver un viol commis trente ans plus tôt est encore plus difficile qu'un viol récent. « On fait de la justice de guerre », dit-elle, expliquant que seuls les dossiers solides sont traités, les autres étant classés sans suite dès l'enquête préliminaire.
Des conséquences psychologiques dévastatrices
L'absence de réaction de la justice a des effets psychologiques dévastateurs. Les plaignantes se sentent ignorées, voire inexistantes. « Ce n'est même pas un rejet, c'est de l'indifférence et du silence », explique Me Christol. Pour des personnes déjà fragilisées par des problèmes d'estime de soi, cette indifférence fait flamber leurs symptômes. Beaucoup finissent par abandonner, disant : « Je n'en peux plus, j'arrête. »
Un avenir désespérant
Me Christol se dit totalement désespérée quant à une possible amélioration. « On est à moyens humains à peu près constants », regrette-t-elle. Elle critique les nombreuses circulaires qui changent les priorités sans apporter de solutions. Les avocats restent le seul intermédiaire entre les victimes et la justice. Elle s'insurge contre les déclarations d'Emmanuel Macron, qui affirme que ce n'est pas une question de moyens. Pour elle, c'est une méconnaissance tragique de la réalité ou une malhonnêteté intellectuelle. « Chaque maillon de la chaîne est débordé, et si on avait dix fois plus de personnes, on irait dix fois plus vite », conclut-elle.



