Deux fonctionnaires de la CRS 81, âgés de 26 et 27 ans, ont été jugés ce lundi 1er juin devant le tribunal correctionnel de Nice pour des violences volontaires en réunion et un vol commis avec violences. Les faits, survenus le 18 avril dernier, ont impliqué un jeune homme de 22 ans habitant le quartier de l'Ariane. Selon le plaignant, les deux policiers, alors hors service, l'auraient agressé sans raison alors qu'il venait de stationner son véhicule près de son domicile, vers 5 heures du matin. Au téléphone avec une jeune femme, il affirme ne pas avoir remarqué la présence des CRS avant que la situation ne dégénère.
Des versions contradictoires
Les prévenus ont fermement contesté cette version. À la barre, ils ont expliqué avoir été reconnus puis insultés par le jeune homme, l'un d'eux affirmant avoir été traité de « facho » et menacé de mort. Interrogé par la présidente Agnès Vadrot sur l'attitude attendue d'un professionnel, le fonctionnaire a reconnu : « Je pense que j'aurais mieux fait de laisser couler. » Les vidéos diffusées à l'audience ont montré ce qui pourrait s'apparenter à une agression en trois actes. On y voit l'un des CRS se diriger vers le véhicule, en extraire le jeune homme et le plaquer contre la carrosserie. Sur un autre enregistrement, alors que la victime au sol reçoit des coups et implore que la police soit appelée, l'un des mis en cause répond : « C'est nous la police. » Les images montrent également que pendant que l'un maîtrise la victime, son collègue récupère plusieurs objets tombés lors de l'altercation. Le jeune homme affirme avoir perdu ses clés de voiture, son téléphone portable ainsi que 100 euros en espèces, somme retrouvée lors de la perquisition dans la poche de l'un des prévenus.
Une affaire révélée par une vidéo
Affectés à la 4e section de la CRS 81, régulièrement déployée à Nice, les deux hommes bénéficiaient jusqu'ici d'appréciations favorables de leur hiérarchie. Ils n'ont pas été suspendus, seulement privés de terrain et du port d'arme. L'un d'eux fait toutefois l'objet d'une enquête de l'IGPN dans un autre dossier de violences lors d'une manifestation. Aucun des deux policiers n'a signalé les faits du 18 avril à sa hiérarchie ; ils ne se sont présentés au commissariat qu'après la médiatisation de l'affaire et la diffusion d'une vidéo filmée par un voisin, devenue une pièce maîtresse du dossier.
Des réquisitions sévères
En partie civile, Me Stefen Guez Guez a dénoncé des faits d'une particulière gravité : « Ce qui est en jeu aujourd'hui, c'est le contrat moral et social qui nous lie tous. » Il a réclamé 10 000 euros pour le préjudice physique, 30 000 euros pour le préjudice moral et l'indemnisation du préjudice matériel. La procureure Coraline El Bekkai, ancienne commissaire de police, s'est adressée directement aux prévenus : « Messieurs, vous faites honte à l'institution que vous représentez. Ce soir-là, vous vous êtes comportés comme de véritables voyous. » Le ministère public a requis huit mois d'emprisonnement avec sursis simple contre le premier prévenu et dix-huit mois avec sursis simple contre le second, ainsi qu'une interdiction définitive d'exercer au sein de la police nationale.
La défense conteste
Les avocates de la défense, Mes Émilie Farrugia et Alexandra Badea, ont contesté cette lecture, évoquant « une bagarre entre gens alcoolisés » et estimant que l'affaire avait été « montée en épingle ». Le tribunal a condamné les fonctionnaires à 8 et 18 mois de prison avec sursis. L'un écope d'une interdiction d'exercer dans la police de 2 ans, l'autre de 5 ans. Le préjudice a été estimé à 5 000 euros.



