Destin d'une famille juive sous l'Occupation en Lozère
Destin d'une famille juive sous l'Occupation en Lozère

Le Centre d’études et de recherches Benjamin-Bardy a récemment accueilli Nicolas Planche à Mende pour une conférence captivante sur le destin tragique de la famille Rajchnudel, une famille israélite de Badaroux. Devant un public très nombreux, le conférencier a retracé le parcours de cette famille, révélateur de l’histoire des Juifs étrangers venus d’Europe de l’Est dans l’entre-deux-guerres.

Une intégration difficile dans la France de l’entre-deux-guerres

L’histoire de la famille Rajchnudel s’inscrit dans un contexte plus large. Au XXe siècle, la France était perçue comme un modèle d’émancipation depuis la loi du 21 septembre 1791 accordant la pleine citoyenneté aux Juifs. Un proverbe yiddish disait même : « Heureux comme un juif en France ». La loi libérale du 10 août 1927, adoptée après la saignée démographique de la Première Guerre mondiale, permit la naturalisation d’un million d’étrangers en dix ans. C’est dans ce cadre qu’Abram et Aranka Rajchnudel immigrèrent en France en 1924, rejoignant de la famille à Paris, au 70 rue Miron (IVe arrondissement).

Des prénoms français pour s’intégrer

Dès leur arrivée, les Rajchnudel cherchèrent à se fondre dans la communauté nationale. Ils donnèrent à leurs enfants des prénoms français : Jacqueline (1929), Jean-Claude (1936), Claudine (1940), Marcelle (1933) et Eliane, la plus jeune, née en juin 1943 à Mende. Les parents multiplièrent les démarches pour faire reconnaître leurs enfants par naturalisation, espérant ainsi assurer leur avenir en France.

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Les premières rafles et la fuite en zone libre

Avec la défaite de 1940 et la politique antisémite de l’Occupant et de l’État français, la famille Rajchnudel dut faire face à des difficultés croissantes. Commença alors un long chemin semé d’embûches et de périls, mais aussi d’espoirs. Face aux premières rafles, Abram tenta de faire passer sa famille en zone sud. En 1941, il fut arrêté alors qu’il tentait de franchir la ligne de démarcation. Emprisonné à Châlons-sur-Marne (actuelle Champagne) puis à Mâcon, il fut finalement interné au camp de Gurs du 18 décembre 1941 au 3 juillet 1942. Il sollicita ensuite son incorporation au Groupe de travailleurs étrangers de Chanac.

Installation en Lozère

Fin 1941, la famille se déplaça en zone libre, en Lozère, où elle rejoignit Abram, alors détaché comme ouvrier agricole à Badaroux chez Justin Brajon. Libéré du camp de Chanac le 12 mai 1943 par décision ministérielle, Abram exerça sa profession de tailleur chez M. Delmas, à Mende. Il put ainsi traverser une partie de l’Occupation grâce à la discrète bienveillance de ce dernier, qui était l’un des fournisseurs de la gendarmerie.

L’arrestation et la déportation

Le 8 février 1944, en début d’après-midi, la Gestapo arrêta la mère et ses quatre filles, puis alla chercher Jean-Claude à l’école. Ils furent retenus à la prison de Mende. Abram, qui se trouvait à Mende au moment de la rafle, échappa miraculeusement à l’arrestation. Des démarches furent entreprises sous l’impulsion de la gendarmerie de Mende, pour laquelle le père travaillait parfois, afin de faire transférer les enfants à l’hôpital de Mende et de leur remettre des vêtements. Mais ces tentatives restèrent sans effet.

Le convoi vers Auschwitz

Le 10 février, à 4 h 30 du matin, Aranka et ses enfants furent transférés à Montpellier, où ils restèrent probablement une semaine avant d’être envoyés au camp de Drancy. Le 7 mars, Aranka et ses cinq enfants furent déportés par le convoi 69, au milieu de 1 501 personnes, essentiellement des Juifs. Ils arrivèrent en train à bestiaux à Auschwitz le 10 mars 1944, où ils furent assassinés dans les chambres à gaz.

La survie d’Abram

Abram se réfugia chez M. Gallière, au hameau des Faux, sur la commune de Saint-Étienne-du-Valdonnez. Jusqu’à fin mars, il se cacha dans différents villages de Lozère. À la Libération, il retourna à Paris chez sa belle-mère, jusqu’au 21 janvier 1945, avant que la municipalité ne lui mette à disposition un logement. Il obtint sa naturalisation en 1948.

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Une leçon de vie

Les documents d’archives montrent le récit implacablement tragique de cette famille, mais la lutte, la volonté et le courage des parents, qui cherchèrent en permanence des solutions pour survivre, donnent une véritable leçon de vie. Cette histoire met en évidence les aspects les plus heureux, mais aussi les plus controversés et irritants de cette époque et de ses prolongements actuels.