Une voix façonnée par des décennies de pratique
David Greene a consacré des années à perfectionner sa voix de baryton, chaude et reconnaissable. Dès l'enfance, il imitait le commentateur de baseball Lanny Frattare. Au lycée, il transformait les annonces matinales en véritables émissions radiophoniques.
Une carrière radiophonique prestigieuse
Cette passion l'a mené à NPR en 2005, où il a coanimé Morning Edition, le programme d'information radio le plus écouté des États-Unis avec 13 millions d'auditeurs quotidiens entre 2012 et 2020. Il a ensuite présenté Left, Right & Center sur KCRW.
La découverte troublante de l'automne 2024
Le choc survient lorsqu'un ancien collègue lui envoie un courriel inquiétant : « As-tu autorisé Google à utiliser ta voix ? » Intrigué, David Greene découvre Notebook LM, un outil d'intelligence artificielle développé par Google capable de transformer n'importe quel document en podcast dynamique.
L'outil propose deux voix synthétiques – masculine et féminine – qui dialoguent avec fluidité pour résumer du contenu. En écoutant la voix masculine, l'ancien animateur reste stupéfait : elle reproduit parfaitement son rythme posé, ses intonations subtiles, et même ses tics verbaux caractéristiques comme « euh » ou « genre » qu'il a toujours tenté d'éliminer.
« J'étais complètement paniqué », confie-t-il au Washington Post. « C'était comme m'entendre parler... sans être moi. » Sa femme ouvre de grands yeux en entendant l'extrait, tandis qu'amis, famille et collègues le bombardent de messages identiques.
La plainte déposée en janvier 2026
Convaincu d'une usurpation, David Greene dépose plainte devant un tribunal du comté de Santa Clara en Californie. Il accuse Google d'avoir entraîné Notebook LM sur ses enregistrements publics sans consentement ni rémunération, permettant ainsi aux utilisateurs de lui faire prononcer n'importe quel contenu.
Sur les réseaux sociaux, les spéculations se multiplient : certains reconnaissent clairement la voix de David Greene, tandis que d'autres évoquent des ressemblances avec Leo Laporte ou Dax Shepard.
Les dénégations de Google face aux preuves accumulées
Google réfute catégoriquement ces allégations. « Ces accusations sont sans fondement », déclare le porte-parole José Castañeda. Selon l'entreprise, la voix proviendrait d'un acteur professionnel rémunéré.
Pourtant, l'avocat de David Greene, Joshua Michelangelo Stein, présente des éléments troublants :
- Des comparatifs audio détaillés
- Une analyse forensique indépendante
Cette analyse scientifique estime entre 53 et 60 % la probabilité que la voix de l'animateur ait servi de base à l'entraînement de l'IA – un score exceptionnellement élevé pour une synthèse vocale.
Mike Pesca, ancien collègue et animateur de The Gist, confirme sans ambiguïté : « J'ai immédiatement reconnu David Greene. »
Un enjeu profondément personnel
Pour David Greene, cette affaire touche à l'essence même de son identité : « Ma voix, c'est la partie la plus importante de qui je suis. » Il redoute désormais que l'outil ne propage des contenus complotistes ou mensongers sous son timbre caractéristique.
« Dans un climat polarisé, les gens oublient trop souvent l'importance du vrai dialogue », déplore-t-il, regrettant que sa voix, traditionnellement outil de modération et de nuance, soit ainsi détournée.
Des précédents judiciaires significatifs
Cette plainte s'inscrit dans une lignée de contentieux emblématiques :
- En 1988, Bette Midler remporte son procès contre Ford pour imitation vocale dans une publicité
- Plus récemment, Scarlett Johansson s'oppose à OpenAI pour une voix trop proche de la sienne dans ChatGPT
- Les deepfakes visant Taylor Swift ont également marqué les esprits
James Grimmelmann, professeur de droit du numérique à Cornell, estime que les tribunaux devront désormais définir avec précision le degré de ressemblance suffisant pour constituer un préjudice réel.
La mobilisation des doubleurs en France
En France, où 74 % des spectateurs préfèrent la version française selon un sondage Ifop d'avril 2025, les professionnels du doublage s'organisent. Françoise Cadol (voix d'Angelina Jolie), Brigitte Lecordier (Dragon Ball) et d'autres artistes portent le hashtag #TouchePasMaVF, qui a recueilli 245 000 signatures.
Ils exigent un consentement écrit préalable contre le clonage vocal par des outils comme ElevenLabs ou Aspyr Media. « Une IA ne peut que recopier, pas générer de vraies émotions », martèle Brigitte Lecordier.
Le secteur, qui représente entre 700 millions et un milliard d'euros annuels, réclame une « exception culturelle » comparable à celle dont bénéficie la chanson francophone.
Une question universelle pour l'ère numérique
L'affaire David Greene pose une interrogation fondamentale : qui protège véritablement l'identité vocale à l'ère de l'intelligence artificielle ? Alors que les technologies de synthèse vocale progressent à grande vitesse, cette affaire pourrait établir des précédents juridiques déterminants pour l'avenir de la propriété vocale et du consentement numérique.



