Plus de deux ans après le meurtre de Thomas Perotto, lycéen de 16 ans poignardé lors d'un bal d'hiver à Crépol (Drôme) en novembre 2023, la justice a opéré un revirement inattendu. Les juges d'instruction ont finalement retenu, ce jeudi 23 juillet 2026, la circonstance aggravante de racisme à l'encontre de l'ensemble des mis en examen dans cette affaire. Cette décision intervient en toute fin d'enquête, alors que le parquet avait requis en juin un renvoi devant une cour d'assises pour onze personnes pour « homicide » et « tentative d'homicide », sans mentionner le racisme.
Une requalification des faits demandée par les parties civiles
Ce revirement judiciaire s'explique notamment par une demande des parties civiles, qui regrettaient que certains témoignages n'aient pas été pris en compte jusqu'alors. Selon « Le Figaro » et franceinfo, les juges ont estimé que les faits avaient été commis sur les victimes « à raison de leur appartenance ou de leur non-appartenance, vraie ou supposée, à une prétendue race, une ethnie, une nation ou une religion déterminée, en l'espèce la race blanche et la nation française ». Cette nouvelle qualification va à l'encontre des réquisitions du parquet, qui avait écarté la circonstance aggravante de racisme ainsi que la qualification de bande organisée, pourtant évoquée lors des mises en examen initiales.
La satisfaction des avocats des parties civiles
Maître Denis Dreyfus, avocat de 44 parties civiles dans l'affaire, s'est réjoui auprès de BFMTV de cette requalification. « C'est très satisfaisant », a-t-il déclaré. Cependant, cette décision doit encore être confirmée lors de la mise en accusation. Les parties ont un mois pour la contester. Sur les quatorze personnes mises en examen pour meurtre et tentative de meurtre en bande organisée, aucune n'a reconnu être l'auteur du coup fatal.
Des témoignages de propos hostiles aux Blancs
Deux ans après les faits, le déroulement exact de la rixe reste confus. Dans la nuit du 18 au 19 novembre 2023, des jeunes venus pour certains du quartier populaire de la Monnaie à Romans-sur-Isère s'étaient battus avec un groupe de jeunes de Crépol à l'issue du bal d'hiver. Dans un contexte confus, des couteaux avaient été sortis, blessant grièvement quatre personnes, dont Thomas Perotto, décédé lors de son transport à l'hôpital. Une enquête du « Parisien » publiée en décembre 2023, basée sur des éléments de la gendarmerie, a étayé l'hypothèse de tensions préalables entre les jeunes présents, éloignant la thèse d'une « attaque coordonnée » portée par l'extrême droite.
Selon le procureur de Valence, neuf témoins ou victimes sur les 104 auditionnés ont rapporté des propos hostiles aux Blancs dès novembre 2023. Certains témoins ont affirmé avoir entendu « on est là pour planter des Blancs ». Ces témoignages ont joué un rôle clé dans la requalification des chefs d'accusation.
Une instrumentalisation politique par l'extrême droite
L'affaire de Crépol a été rapidement récupérée par la droite et l'extrême droite. Des élus et médias y ont vu l'illustration de « l'ensauvagement de la société », selon les termes du ministre de l'Intérieur de l'époque, Gérald Darmanin, et la preuve de l'existence d'un « racisme anti-blanc ». Du Rassemblement national à Reconquête, les personnalités politiques ont livré leur propre lecture du drame, non sans instrumentaliser les faits. Le 25 novembre 2023, plusieurs dizaines d'individus d'extrême droite se sont rendus à Romans-sur-Isère, encagoulés et munis de battes de baseball, derrière une banderole « Justice pour Thomas, ni pardon, ni oubli ». Parmi eux, « Gros Lardon », un ancien militaire membre du groupuscule néonazi Division Martel, a été interpellé. Six militants ont été condamnés à des peines de six à dix mois de prison ferme et à une interdiction de séjour dans la Drôme.
À l'annonce de la décision judiciaire ce jeudi, plusieurs élus, notamment dans les rangs de LR et du RN, se sont dits confortés dans leur analyse. La requalification des faits doit encore être confirmée, mais elle marque un tournant dans une affaire qui a profondément divisé la société française.



