Le tribunal administratif de Paris a annulé, le 16 juillet 2025, la décision du Collège de France d'interdire la tenue d'un colloque intitulé « Palestine : une question de droit » qui devait se dérouler en mai 2024. Cette annulation constitue un revers pour l'établissement, qui avait invoqué des risques de troubles à l'ordre public pour justifier son refus.
Une décision jugée disproportionnée
Dans son jugement, le tribunal a estimé que la mesure d'interdiction était disproportionnée au regard des risques évoqués. Les juges ont souligné que le Collège de France n'avait pas démontré de manière suffisante que le colloque présenterait un danger concret pour l'ordre public. Selon l'ordonnance, « les craintes de troubles, bien que légitimes, ne justifient pas une interdiction totale de l'événement ».
L'affaire avait suscité une vive controverse dans le monde académique. Le colloque, organisé par plusieurs chercheurs et associations, devait aborder des questions juridiques liées au conflit israélo-palestinien. Le Collège de France avait initialement accepté de prêter ses locaux, avant de se rétracter sous la pression de certaines associations pro-israéliennes.
Une victoire pour les organisateurs
Les organisateurs du colloque ont salué la décision du tribunal. « C'est une victoire pour la liberté académique et pour le droit de débattre sereinement de sujets sensibles », a déclaré l'un des coorganisateurs, le juriste Pierre-Yves Condé. Il a ajouté que « le Collège de France a cédé à des pressions politiques et médiatiques, ce qui est inacceptable dans une démocratie ».
De son côté, le Collège de France a indiqué qu'il prenait acte de la décision et qu'il étudiait la possibilité de faire appel. Dans un communiqué, l'établissement a réaffirmé son attachement à la liberté académique, tout en soulignant que sa décision initiale visait à « préserver la sérénité des débats et la sécurité des participants ».
Un précédent pour la liberté académique
Cette affaire pourrait faire jurisprudence en matière de liberté d'expression dans les institutions académiques françaises. Le tribunal a clairement indiqué que les restrictions à la liberté académique doivent être strictement nécessaires et proportionnées. Les juges ont également relevé que le Collège de France n'avait pas proposé de mesures alternatives, comme le déplacement du colloque dans un autre lieu ou le renforcement de la sécurité.
Le colloque annulé devait réunir une vingtaine d'intervenants, dont des juristes, des historiens et des politologues. Il était prévu qu'il se déroule sur deux jours, avec des conférences et des débats ouverts au public. Les organisateurs envisagent désormais de reprogrammer l'événement, peut-être dans une autre institution.
Réactions politiques et médiatiques
La décision du tribunal a été diversement commentée. Plusieurs élus de gauche ont salué le jugement, y voyant une défense de la liberté d'expression. À l'inverse, certaines voix se sont élevées pour dénoncer une décision qui, selon elles, pourrait permettre la tenue d'événements « complaisants envers le Hamas ».
Le Collège de France, fondé en 1530, est l'une des plus prestigieuses institutions académiques françaises. Il a pour mission de diffuser le savoir et d'encourager le débat d'idées. Cette affaire a mis en lumière les tensions qui peuvent exister entre la liberté académique et les considérations de sécurité ou de sensibilité politique.



