Maltraitance en Ehpad : une caméra cachée révèle des comportements choquants
À Marseille, la justice s’est penchée sur la situation d’une résidente de 91 ans d’un Ehpad d’Aubagne. Des enregistrements réalisés discrètement par sa famille ont conduit à des poursuites contre trois salariés pour des faits présumés de maltraitance sur personne vulnérable.
Le tribunal judiciaire de Marseille a examiné, lundi 1er juin, le dossier d’Arlette M., 91 ans, pensionnaire de l’Ehpad la Maison de Fannie à Aubagne, rapportent nos confrères de La Provence. Cette femme, atteinte de troubles cognitifs sévères et totalement dépendante, a suscité l’inquiétude de ses proches après la découverte répétée d’hématomes, d’épisodes de déshydratation et de diverses négligences.
Des inquiétudes croissantes de la famille
Sa fille, Dominique P., a expliqué à l’audience : "Le personnel me répondait que c’était positionnel. Donc une fois ça peut être positionnel, deux fois aussi, mais au bout de plusieurs fois, j’ai commencé à me poser de sérieuses questions". Face à ces inquiétudes, la famille a installé une caméra dans la chambre de la nonagénaire à l’été 2025. Les images recueillies sur neuf jours ont conduit à l’ouverture d’une enquête et à la comparution de trois salariés pour des faits présumés commis entre le 11 et le 20 juillet 2025.
Des propos et attitudes jugés inappropriés
Les prévenus, âgés d’une vingtaine à une trentaine d’années, occupaient des fonctions d’aides-soignants ou d’agente des services hospitaliers avant leur licenciement pour faute grave en novembre 2025. Selon l’avocat de la famille, la résidente se trouvait dans une situation de dépendance extrême, incapable de se déplacer, de s’alimenter seule ou de communiquer correctement.
Les vidéos, qui n’ont pas été diffusées lors du procès, ne montrent pas de violences physiques directes. Elles révèlent toutefois ce que le juge a qualifié de "comportement maltraitant". Parmi les séquences évoquées figurent des remarques déplacées, des manipulations brusques ou encore l’absence de réaction lorsque la résidente demandait à plusieurs reprises qu’on agisse "doucement".
Des paroles indignes rapportées
Sur l’une des vidéos, le juge raconte entendre l’un des accusés proposer de "lui mettre une patate pour la soulever". Sur une autre, l’une des mises en cause est accusée d’avoir dit "je vais lui vomir dessus", en installant la personne âgée sur son fauteuil. "Est-ce que vous comprenez que si les résidents n’entendent pas tout, ils comprennent malgré tout ce qui leur arrive ?" questionne le juge au rappel des faits. "Ce ne sont pas des meubles, ce sont des personnes qui ont leur dignité."
Les prévenus, qui reconnaissent des gestes et paroles déplacés, réfutent cependant toute maltraitance.
Pas "des faits de violence classiques"
Deux d’entre eux tentent de justifier leurs actes par le sous-effectif chronique de l’établissement. "Quand on est en sous-effectif, ma référente nous demande d’aider les aides soignantes", indique l’une d’elles, agente des services hospitaliers et non formée à la prise en charge des résidents. Une autre évoque la "surcharge de travail" et l’absence de climatisation en pleine canicule.
Pas de quoi justifier la "privation alimentaire et hygiénique" et "l’atteinte à la dignité", estime l’avocate de la senior. Malgré tout, ces comportements problématiques ne constituent pas "des faits de violence classiques" pour le procureur, qui a requis la relaxe de deux des mis en cause. Concernant la troisième, seul le harcèlement moral a été retenu par le procureur, qui requiert à ce titre 6 mois de prison avec sursis. La décision tombera le 6 juillet.



