Incendie des Moulins à Nice : le témoignage poignant de Zakidine, survivant
Incendie des Moulins : Zakidine raconte son calvaire

Un saut dans le vide pour échapper aux flammes

Dans la nuit du 18 juillet 2024, un incendie volontaire allumé par trois individus encagoulés dans le quartier des Moulins à Nice a coûté la vie à sept membres d'une même famille d'origine comorienne. Victimes collatérales d'une guerre de territoires liée au trafic de stupéfiants, trois enfants, un adolescent et trois adultes ont péri. Seuls trois frères ont survécu, dont Zakidine Maanrouf, aujourd'hui âgé de 24 ans.

Pris au piège des flammes au 7e étage, Zakidine a dû sauter dans le vide pour échapper au brasier. Deux ans après le drame, il mène courageusement de nouveaux combats : la reconstruction physique face au handicap, un deuil impossible, et la dignité face aux promesses non tenues des institutions.

Le récit de la nuit tragique

Interrogé par Nice Matin, Zakidine se souvient de sa dernière soirée en famille : « On s'amuse, on rigole, on mange ensemble, et on se charrie avant d'aller dormir. Tout le monde avait quelque chose à faire le lendemain. Je dormais au salon, sur le canapé. »

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Dans la nuit, il se réveille en sursaut en entendant des cris. « Je me suis réveillé sans savoir ce qui se passait. Il y avait cette chaleur, et ce manque d'oxygène. Je n'arrivais pas à respirer. » En sortant du salon, il voit sa mère au bout du couloir. « Je n'ai pas essayé de comprendre pourquoi elle est partie à droite. J'ai essayé de savoir ce qui se passait et d'avoir de l'air. »

Il rejoint son beau-père sur la fenêtre, qui crie à l'aide. « Je me suis suspendu sur le bord de la fenêtre. J'ai essayé de remonter, mais le feu est rentré dans la pièce. Je vois mon beau-père qui crie de douleur. Le feu lui brûlait le dos, la jambe. »

Le saut désespéré

« Quelqu'un avait mis un matelas en bas de l'immeuble. Mon beau-père a sauté en espérant tomber dessus. Moi, je n'avais plus de pensées. C'était soit le vide, soit mourir dans les flammes. Le plastique fondait sur ma main. Mes doigts ont fini par céder. J'ai lâché. Quand j'ai lâché, je n'espérais pas que je serais là aujourd'hui. Pourtant, je suis là. »

Zakidine est resté quatre jours dans le coma. À son réveil, il voit ses deux petits frères. « La première question que je me suis posée : qu'est-ce que je fais à l'hôpital ? J'ai juste demandé où est maman. Mes petits frères m'ont répondu : « Maman, elle va bien. Elle est dans un état très grave, mais elle va s'en sortir. » »

L'annonce de la perte

Au bout de trois semaines à l'hôpital, il apprend que sa mère est décédée. « Et ça m'a déchiré le cœur. Parce que j'espérais qu'elle soit en vie. » Il apprend aussi la mort de six autres membres de sa famille : sa petite sœur de dix ans, sa petite sœur de quatre ans, son petit frère de sept ans, celui de dix-sept ans, son beau-père et sa tante. « Entendre que toutes ces personnes-là sont parties ce soir-là, ça m'a fait encore plus mal. J'ai essayé de me demander pourquoi j'ai survécu. »

Un sentiment de culpabilité l'habite : « J'avais promis à ma mère que je veillerais sur mes petits frères et sœurs. Ce soir-là, j'ai failli à mon devoir. Le fait juste de savoir que je suis là et qu'ils ne sont pas là, ça me bouffe l'esprit. Tous les jours, c'est pareil. »

Les séquelles physiques et le sentiment d'abandon

Zakidine a subi de multiples fractures : au bras, au bassin, au dos, à la colonne vertébrale, au genou, au tibia, à la cheville et à la jambe, ainsi qu'un traumatisme crânien. Il porte des releveurs pour marcher car sa cheville ne répond pas correctement, les nerfs ayant été touchés. « Je vis constamment avec des douleurs à la hanche. Je prends des médicaments pour essayer de diminuer la douleur. Je ne pensais pas que j'allais vivre ainsi il y a deux ans. »

Il dénonce le manque de soutien de l'État : « On m'avait assuré qu'on allait prendre soin de moi. Aujourd'hui, je me retrouve hébergé. Pour avoir un appartement, c'est très compliqué. On dit que mon dossier n'est pas recevable parce que je suis en situation de handicap. J'ai envoyé plein de courriers. À chaque fois, la réponse, c'est soit elle n'est pas ce qu'on attend, soit on ne répond pas. Ça va faire deux ans que je me bats. Dans mon état, je suis plus censé me concentrer sur ma rééducation et faire mon deuil. »

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Refuser la haine, chercher un sens

Malgré l'acte criminel lié au narcotrafic, Zakidine refuse de se laisser consumer par la haine : « Au début, j'accumulais de la haine, de la colère envers eux. Mais je me suis posé la question si c'était ça qui allait m'aider à avancer. Je sais que cette haine restera en moi, mais ça ne m'aidera pas à aller là où j'ai envie d'aller. »

Aujourd'hui, il veut donner un sens à sa vie : « J'ai envie de laisser une marque pour les personnes en difficulté. Avant, j'étais en bonne santé, aujourd'hui je me retrouve en situation de handicap. Je sais à quel point c'est compliqué. Mon plus grand rêve, ça serait de pouvoir aider ces personnes-là. »

Le procès des auteurs présumés n'a pas encore eu lieu. Le commanditaire présumé, arrêté en Afrique, est en prison. Zakidine attend toujours justice et un avenir digne.