Affaire Lyhanna : une association niçoise alerte sur les failles de la prise en charge des mineurs victimes
Affaire Lyhanna : une association niçoise tire la sonnette d'alarme

Après les excuses de Gérald Darmanin et l'annonce du réexamen de 70 000 plaintes concernant des mineurs, l'association niçoise Les Petits Invincibles, qui accompagne des enfants victimes de violences sexuelles et leurs familles, estime que l'affaire Lyhanna révèle les failles structurelles dans la prise en charge judiciaire des victimes.

Un problème systémique, pas un cas isolé

Pour Christel Fievet, vice-présidente de l'association Les Petits Invincibles, les dysfonctionnements pointés dans cette affaire ne constituent pas une exception. « Ce n'est pas la faute d'un gendarme ou d'un procureur. Ce que révèle l'affaire Lyhanna, c'est un problème systémique », affirme-t-elle. L'association, composée uniquement de bénévoles, accompagne aujourd'hui une vingtaine de familles confrontées à des procédures judiciaires liées à des violences sexuelles commises sur des mineurs.

Le silence des victimes, premier obstacle

« Dans les dossiers que nous suivons, les familles ont souvent le sentiment que les enquêtes stagnent, que les plaintes se perdent ou restent sans réponse. Certaines sont classées sans suite sans que les victimes comprennent pourquoi », déclare Christel Fievet. Au-delà des procédures, l'association rappelle que de nombreux enfants ne parlent jamais. « Par peur, sidération ou loyauté envers l'agresseur, la parole peut ne pas venir. Et parfois elle arrive des années plus tard, voire jamais », souligne-t-elle, évoquant un phénomène qui rend les chiffres largement sous-estimés.

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« La parole d'un enfant victime de violences sexuelles ne fonctionne pas comme un témoignage classique. Elle peut être fragmentée, évoluer dans le temps, parfois sembler contradictoire. »

Une parole encore difficile à recueillir

Pour Christel Fievet, les difficultés commencent dès le recueil de la parole des enfants. « Les enquêteurs spécialisés sont trop peu nombreux. Les salles Mélanie, adaptées à l'audition des mineurs victimes, restent insuffisantes. Tout comme les dispositifs spécialisés comme les salles d'audition ou les UAPED qui sont inégalement répartis sur le territoire. Et tous les professionnels ne sont pas formés aux mécanismes du psychotraumatisme ou de l'emprise. »

Elle insiste sur un point souvent mal compris : « La parole d'un enfant victime de violences sexuelles ne fonctionne pas comme un témoignage classique. Elle peut être fragmentée, évoluer dans le temps, parfois sembler contradictoire. Ce n'est pas un problème de fiabilité, mais l'expression du traumatisme, de la peur ou de la honte. »

Elle souligne également la difficulté pour la justice de travailler sur ces dossiers. « Dans beaucoup de cas, il n'y a pas de preuve matérielle. Tout repose sur la parole de l'enfant, ce qui rend les investigations particulièrement complexes et longues. Et beaucoup d'enquêtes finissent classées sans suite faute de moyens d'enquête. »

Dans ce cadre, pour l'association, les conditions d'audition sont alors déterminantes. « Quand l'enfant est entendu dans un environnement adapté, par des professionnels formés, la parole peut se libérer progressivement. Mais aujourd'hui, ces dispositifs restent encore trop rares et inégalement répartis sur le territoire. »

430 dossiers concernés dans les Alpes-Maritimes

L'annonce par Gérald Darmanin du réexamen de 70 000 plaintes concernant des mineurs est accueillie avec prudence. « Sur le principe, nous y sommes évidemment favorables. Mais qui va réexaminer ces dossiers ? Avec quels enquêteurs ? Avec quelles formations ? » Dans les Alpes-Maritimes, l'association estime qu'environ 430 dossiers concernant des mineurs devraient être concernés par cette révision. « Si l'on veut réellement reprendre ces affaires, il faut créer des équipes dédiées et formées. Sinon, cela risque de se faire au détriment des dossiers actuels. »

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Des solutions connues mais inappliquées

Les solutions sont pourtant connues depuis longtemps. « Les recommandations de la Ciivise portent déjà sur la formation des professionnels, le développement de structures adaptées aux enfants, le renforcement de la prévention et le recrutement d'enquêteurs spécialisés. Nous n'avons pas besoin de nouveaux rapports, mais de l'application de ceux qui existent », rappelle Christel Fievet, estimant que certaines de ces préconisations ont été « enterrées ».

Et Christel Fievet de conclure : « Derrière les statistiques, il y a des enfants. On estime à 22 000 le nombre de mineurs potentiellement concernés dans les Alpes-Maritimes, ce ne sont pas des chiffres. Ce sont 22 000 enfants qu'il faut protéger et accompagner. »

Les chiffres clés dans les Alpes-Maritimes selon l'association Les Petits Invincibles

  • 430 à 450 plaintes concernant des violences sexuelles sur mineurs enregistrées dans le département en 2025 (estimation à partir des données nationales du ministère de l'Intérieur).
  • Entre 2 500 et 2 600 mineurs seraient victimes chaque année de violences sexuelles dans les Alpes-Maritimes.
  • Environ 22 000 mineurs seraient actuellement concernés par des violences sexuelles dans le département, selon une extrapolation des données de la Ciivise rapportées à la population du 06.
  • Selon l'association, seuls 2 % environ des victimes potentielles apparaissent dans les statistiques judiciaires.
  • Les Petits Invincibles accompagnent actuellement une vingtaine de dossiers de familles confrontées à des procédures liées à des violences sexuelles sur mineurs.
  • Deux UAPED (Unités d'accueil pédiatrique enfance en danger) existent dans le département, à Nice et à Grasse.
  • Une salle Mélanie est notamment opérationnelle à Cagnes-sur-Mer, ainsi qu'un dispositif similaire à Nice.