Affaire Lyhanna : des mères azuréennes dénoncent des enquêtes bâclées
Affaire Lyhanna : des mères azuréennes dénoncent des enquêtes bâclées

Derrière l'émotion suscitée par l'affaire Lyhanna, des familles des Alpes-Maritimes racontent un même sentiment : celui d'avoir vu leurs alertes s'écraser contre les murs d'une machine judiciaire qu'elles jugent défaillante. Leurs histoires sont différentes, mais leur constat se ressemble. Elles dénoncent des enquêtes jugées trop rapides, un manque de formation face à la parole des très jeunes enfants, des moyens insuffisants et un système qui, selon elles, laisse trop souvent les familles seules avec leurs doutes et leurs angoisses.

« Le classement sans suite ne met pas fin à la souffrance »

La première mère se souvient encore du jour où sa fille, alors âgée de 2 ans et demi, lui confie des gestes qu'« un enfant de cet âge ne peut pas inventer ». Elle porte plainte. L'enfant est entendue en salle Mélanie. « Elle a répété les mêmes paroles à la crèche, à une psychologue, aux enquêteurs. Pourtant, on continue de douter de sa parole. » L'enquête est finalement classée sans suite. « On me demande de prouver l'impossible. Ma fille a 3 ans. Comment apporter des preuves quand tout repose sur la parole d'un tout-petit face à celle d'un adulte ? »

Ce qui la révolte le plus aujourd'hui n'est pas seulement l'issue de la procédure, mais le sentiment d'abandon. « On se retrouve seule. On manque d'écoute, d'accompagnement, de moyens. Un enquêteur social m'a même dit : “Il va falloir arrêter de porter plainte et passer à autre chose.” Comment passer à autre chose quand il s'agit de son enfant ? Le classement sans suite ferme un dossier. Pas les questions d'une mère. »

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« Cinq minutes pour entendre un enfant »

Même colère chez cette autre mère, dont le fils de 4 ans a dénoncé des faits présumés dans le cadre scolaire. Elle raconte une audition expédiée en quelques minutes. « On nous avait expliqué que notre enfant serait mis en confiance. En réalité, il était terrorisé, déjà à l'idée de venir au commissariat, il est entré dans cette salle et il a été assis sur une chaise d'adulte à une table d'adulte… Par erreur on nous avait placés avec mon mari juste à côté de la salle où était menée l'audition et nous avons pu tout entendre. Ça a duré cinq minutes chrono. Il n'y a eu aucune mise en confiance, c'était comme si on s'adressait à un adulte. Catastrophique. J'étais abasourdie par la façon dont l'enquêtrice posait les questions à mon fils ! Au bout de cinq minutes, l'enquêtrice est sortie et nous a lâchés : “Je n'ai rien pu en tirer.” »

Quelques semaines plus tard, la famille découvre dans les médias que l'affaire est classée sans suite. « Nous l'avons appris à la télévision avant d'en être officiellement informés. Quand la parole d'un enfant ne suffit pas, les familles ont parfois le sentiment que la vérité n'a même pas eu le temps d'être cherchée. » Aujourd'hui encore, elle attend la désignation d'un juge d'instruction après s'être constituée partie civile. « Nous continuerons à nous battre. Pour notre enfant, mais aussi pour tous les autres. »

« L'affaire Lyhanna doit être celle de trop », souffle une de ces mamans qui a tenu à être présente au rassemblement organisé à Nice. « J'espère qu'il y aura un avant et un après. Parce qu'on ne peut plus attendre qu'un drame survienne pour écouter les enfants. »

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