Affaire Crav : non-lieu pour les figures viticoles dix ans après les incendies
Affaire Crav : non-lieu après dix ans d'enquête

Le juge d'instruction chargé d'enquêter sur l'incendie de la société Vinadéis à Béziers et sur le saccage des caves Biron à Sète a estimé que les charges pesant sur deux figures de la viticulture régionale, mises en examen en 2017, n'étaient pas suffisantes pour poursuivre les poursuites. Les deux hommes ont donc été blanchis.

Une enquête de dix ans classée sans suite

Dans une ordonnance rendue le 28 avril dernier, le magistrat instructeur de Montpellier a mis un terme à une décennie d'investigations judiciaires. Il écrit : "Les investigations n'ont pas permis de corroborer suffisamment les premiers indices recueillis." Cette décision clôt un dossier sensible autour du Comité régional d'action viticole (Crav), bras armé des viticulteurs d'Occitanie depuis cinquante ans.

Des actions en série en 2016-2017

En 2016 et 2017, face à la concurrence des vins espagnols, le Midi viticole était sous tension. Les syndicats protestaient contre les négociants, et la justice a recensé 32 actions, allant de graffitis à des incendies criminels. Dans la nuit du 19 au 20 juillet 2016, le bâtiment du négociant Vinadeis à Béziers, inauguré deux mois plus tôt, a été incendié. Les mots "Crav" et "Stopimport" étaient tagués sur les murs, et le préjudice s'élevait à 950 000 euros.

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Une enquête criminelle pour "destruction en bande organisée et association de malfaiteurs" a été ouverte. La police judiciaire a notamment exploité les données téléphoniques d'un journaliste de France 3, qui avait filmé le début de l'incendie et interviewé un porte-parole masqué du Crav. Les policiers ont constaté que ce journaliste avait échangé des appels avant et après l'incendie avec Martial Bories, président de la cave coopérative de Servian, figure active de la lutte viticole.

361 contacts téléphoniques en une nuit

Quant au porte-parole interviewé, il s'agissait selon les enquêteurs de Xavier Fabre, leader du syndicat des vignerons du Gard. L'exploitation de sa ligne téléphonique a révélé 361 prises de contact entre le 19 et le 20 juillet 2016 avec des membres actifs du Crav. Les deux hommes ont catégoriquement nié les accusations et ont été mis en examen début 2018 à Montpellier.

Martial Bories a également été soupçonné d'avoir organisé le saccage du négociant Biron à Sète, deux semaines après l'incendie de Vinadeis. 6 000 hectolitres de vin, 780 hectolitres de moût concentré et 3 500 hectolitres de moût de vin avaient été vidés des cuves, pour un préjudice de 500 000 euros. Il a aussi été renvoyé au tribunal pour sa participation à un voyage collectif nocturne à Bordeaux en juin 2017, avec cocktails Molotov et barres de fer, mais cette action s'est achevée sans casse.

Relaxe et non-lieu

Martial Bories a été relaxé en première instance au tribunal de Montpellier, où il comparaissait avec quatre autres prévenus pour "association de malfaiteurs". Le dossier a failli être prescrit faute d'avoir été audiencé à temps, mais une nouvelle action du Crav en janvier 2024 à Narbonne, où les locaux de la Dreal ont été détruits à l'explosif, a relancé la procédure. En appel, en 2025, la relaxe a été confirmée.

Me Jean-Robert Phung, avocat de Martial Bories, a salué la décision : "Ce qui était reproché à Martial Bories et à ses amis relevait du combat syndical et en aucune façon de l'association de malfaiteurs." Après le non-lieu, il a ajouté : "Ce sont des viticulteurs passionnés qui travaillent tous les jours à la vigne dès 5 heures du matin et traversent une crise sans précédent. Cette profession est parfaitement légitime à véhiculer son désespoir et son désarroi."

Les avocats des négociants parties civiles n'ont pas donné suite à nos sollicitations.

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