Une vague législative sans précédent déferle sur le monde : de nombreux pays adoptent des lois interdisant ou restreignant sévèrement l'accès des mineurs aux réseaux sociaux. Cette tendance, qui s'accélère depuis 2024, vise à protéger la santé mentale des jeunes face aux contenus nocifs, à la cyberintimidation et à l'addiction numérique.
Des lois de plus en plus strictes
En France, la loi du 3 juillet 2024 instaure un âge minimum de 15 ans pour s'inscrire sur les réseaux sociaux sans autorisation parentale. Le gouvernement prévoit également un dispositif de vérification d'âge renforcé pour les plateformes. Selon une étude de l'Ifop commandée par le gouvernement, 78 % des parents français soutiennent cette mesure.
L'Australie a été pionnière avec une loi interdisant l'accès aux réseaux sociaux aux moins de 16 ans, adoptée en novembre 2024. La loi impose aux plateformes comme TikTok, Instagram et Snapchat de vérifier l'âge des utilisateurs sous peine d'amendes pouvant atteindre 50 millions de dollars australiens (environ 31 millions d'euros).
Une dynamique internationale
Au Royaume-Uni, l'Online Safety Act, entré en vigueur en 2024, impose aux plateformes de protéger les enfants contre les contenus préjudiciables. Le régulateur Ofcom a publié des codes de conduite contraignants. En Espagne, le gouvernement a adopté en juin 2025 un décret-loi interdisant l'accès aux réseaux sociaux aux moins de 14 ans, avec des contrôles biométriques obligatoires.
Même les États-Unis, pourtant réticents à une régulation fédérale, voient des États comme l'Utah, la Floride et l'Arkansas adopter des lois restrictives. La Californie a également proposé une loi similaire, le Social Media Youth Protection Act, qui exigerait le consentement parental pour les moins de 18 ans.
L'impact sur les plateformes
Les géants du numérique, comme Meta, TikTok et Snapchat, contestent ces lois, arguant qu'elles violent la liberté d'expression et sont difficiles à mettre en œuvre. Selon une porte-parole de Meta, citée par l'article, « nous soutenons une approche cohérente et efficace, mais ces lois fragmentées créent une confusion pour les utilisateurs et les entreprises ».
En Australie, la loi a déjà conduit à une baisse de 40 % du nombre de comptes de mineurs sur les principales plateformes, selon une estimation du gouvernement australien. Cependant, des critiques pointent des contournements via des VPN ou des comptes falsifiés.
Un débat de société
Les défenseurs de ces lois mettent en avant les études montrant une hausse de l'anxiété, de la dépression et des troubles du sommeil chez les adolescents utilisant intensivement les réseaux sociaux. Une méta-analyse de l'Université d'Oxford, publiée en 2025, a révélé que les adolescents passant plus de trois heures par jour sur les réseaux sociaux ont 60 % plus de risques de souffrir de détresse psychologique.
À l'inverse, des associations de défense des droits numériques, comme la Electronic Frontier Foundation, estiment que ces lois sont disproportionnées et risquent de priver les jeunes d'un espace d'expression et d'accès à l'information. Elles appellent à une éducation au numérique plutôt qu'à une interdiction.
Vers une harmonisation mondiale ?
L'Union européenne réfléchit à une directive cadre sur l'âge numérique, qui harmoniserait les règles entre États membres. Actuellement, le Règlement général sur la protection des données (RGPD) fixe un âge minimum de 16 ans pour le consentement au traitement des données, mais les États peuvent le réduire à 13 ans. La nouvelle directive pourrait imposer un seuil unique de 15 ans.
En Asie, la Chine interdit déjà l'accès aux réseaux sociaux aux moins de 14 ans depuis 2021, avec un temps d'écran limité à 40 minutes par jour pour les utilisateurs de moins de 18 ans sur Douyin (TikTok chinois). La Corée du Sud a également renforcé sa législation en 2025, avec une interdiction pour les moins de 16 ans entre 22 heures et 6 heures du matin.



