Catherine Alcover, 80 ans, la petite-fille de Gabrielle Colonna-Romano, muse du peintre Auguste Renoir, a réagi au vol du portrait de sa grand-mère au Musée de Cagnes-sur-Mer, survenu mardi 8 septembre 2026. Elle espère que les tableaux seront retrouvés et non détruits.
Une réaction entre colère et espoir
« C’est quand même démentiel qu’ils puissent prendre quatre tableaux comme ça. Mais enfin, c’est difficile aussi, parce que la sécurisation, c’est beaucoup d’argent. Mais je pense qu’ils vont les retrouver. Le tout c’est qu’ils ne les détruisent pas », a déclaré Catherine Alcover, jointe par téléphone. Elle connaît bien le tableau volé, comme tous ceux de sa grand-mère exposés dans les musées du monde.
Une relation amicale, non amoureuse, avec Renoir
Lorsqu’elle décroche pour parler du tableau subtilisé, elle tient à rétablir une vérité. Non, sa grand-mère Gabrielle Colonna-Romano n’a pas été l’épouse ou la compagne de Pierre Renoir, mais son amie, sa collègue de travail. « Ma grand-mère est entrée au conservatoire en 1907, et Pierre Renoir était au conservatoire aussi. Et parfois, ils répétaient chez les parents qui étaient assez riches, entre guillemets, pour avoir un grand appartement. Bon, c’était le cas naturellement de Renoir », explique Catherine Alcover.
Des séances de pose mouvementées
« Et comme ma grand-mère était la beauté même, Renoir lui disait toujours "Ah ma petite Colo", il l’appelait Colo, "Ma petite Colo, juste cinq minutes de pause." Et ma grand-mère lui répondait, "Monsieur, ça m’emmerde. Je n’aime pas poser" », poursuit-elle. La parade a été rapidement trouvée : Renoir a peint de nombreux médaillons, de 15 centimètres, « un petit portrait », avant de plus grands. « Elle adorait Renoir et Renoir l’adorait », lance-t-elle. De cette relation, plusieurs tableaux seront peints, exposés dans les plus grands musées comme le Musée d’Orsay.
Des vacances aux Collettes avec Rodin
Le domaine des Collettes, la grand-mère de Catherine Alcover le connaissait bien. Elle y passait parfois ses vacances, au milieu de l’intelligentsia des peintres de l’époque, elle chahutait même Rodin, grand ami de Renoir. « Elle était jeune à l’époque. Elle sortait du conservatoire et il y avait un jeu avec Rodin quand elle y allait à l’époque. Elle prenait un bouquet de violettes et elle le mettait dans la poche du sculpteur. Alors, ça le faisait beaucoup rire. Ça faisait beaucoup rire Renoir, qui était dans la confidence. Et puis Rodin sortait les violettes en disant "Ah, c’est encore cette sacrée gamine !" Alors, ça faisait rire Renoir […] Il vivait totalement normalement. Comme tous les gens de génie. Bien sûr. »
La mort de Renoir et les pommes enterrées
Le jour où Auguste Renoir a rendu son dernier souffle, Gabrielle Colonna-Romano s’est précipitée au Domaine. « Avec Pierre, ils jouaient Phèdre aux Chorégies d’Orange. Ils ont appris la mort d’Auguste Renoir à l’entracte, ont fini la pièce et ont filé aux Collettes », se souvient-elle. Lorsque Renoir est mort, « il était en train de peindre avec les pinceaux attachés à ses mains. Il était en train de prendre des pommes, et ma grand-mère m’a toujours raconté que pour que personne ne touche à ses pommes, elle les avait prises et elle les avait enterrées dans le jardin. » Une façon poétique de faire perdurer les œuvres de l’artiste.



