En 2023, près de 100 000 élèves étaient scolarisés dans une école Jules Ferry et plus de 50 000 adolescents dans un collège ou un lycée Jean Moulin, selon une étude du Conseil d’évaluation de l’école (CEE) relayée par le ministère de l’Education nationale. Mais les noms les plus courants, bien que conformes aux valeurs républicaines, commencent à dater : Jean Rostand, Albert Camus, Gustave Eiffel… Toutes les personnalités des tops 10 des noms les plus fréquents pour les écoles, collèges et lycées publics étaient décédées en 2023. Seuls 34 % des écoles, 33 % des collèges et 30 % des lycées portaient le nom d’une personnalité ayant œuvré de 1940 à nos jours.
Des valeurs mais peu d’identification
Le ministère de l’Education nationale souligne que le nom d’un établissement « est souvent porteur de valeurs […] elles-mêmes véhiculées par les personnages historiques ». Rien n’oblige pourtant les collectivités territoriales à se limiter à des personnalités décédées. Donner le nom d’une personnalité actuelle est « de plus en plus fréquent », remarque Céline Pavageau, principale du collège Violette Dorange à Legé (Loire-Atlantique). Le département compte déjà un collège Angela Davis, un collège Isabelle Autissier et un collège Mona Ozouf.
D’autres exemples témoignent de cette originalité : un collège Marie-José Perec à Osny (Val-d’Oise), un collège Thomas Pesquet à Castres (Tarn) et un collège Jean-Loup Chrétien à Questembert (Morbihan).
Changer de nom pour offrir des modèles
Le collège Violette Dorange s’appelait auparavant Pierre de Coubertin. « Son nom ne correspondait plus aux valeurs de la République et aux valeurs portées par l’Education nationale », estime Vincent Danis, vice-président du département à l’Education et à la politique éducative. « On voulait quelqu’un qui serve d’exemple », appuie Céline Pavageau, qui a suivi les débats entre le personnel éducatif et les élèves. « On se plaint beaucoup de la jeunesse, mais on ne leur offre pas de modèles auxquels s’identifier, pointe la principale. La plupart des établissements portent des noms de personnes qui ne parlent pas aux élèves. » La skipper de 25 ans devrait prochainement rencontrer les élèves, un critère non négociable pour l’établissement.
Un pari assumé et une lente féminisation
Cette liberté comporte des risques. « Il y a toujours la possibilité que les personnes (encore en vie) désignées pour représenter les établissements scolaires ne correspondent plus aux valeurs de l’Education nationale dans les prochaines années », reconnaît Vincent Danis. « Mais ce risque existe aussi pour les défunts », contrebalance-t-il, citant les rues et places Abbé Pierre rebaptisées après les accusations de violences sexuelles visant le prêtre, mort en 2007.
Depuis 2017, la tendance est à la féminisation : « 44 % des noms de personnalités nouvellement attribués aux écoles ou établissements sont ceux d’une femme », rapporte l’étude du CEE, portée notamment par Simone Veil et Joséphine Baker. Mais la parité reste lointaine : en 2023, seule Marie Curie figurait dans le top 10 des noms les plus donnés aux établissements du primaire et du secondaire, tandis que Camille Claudel occupait la dixième place des noms les plus donnés aux lycées.



