Viol sur un enfant de 4 ans : la plainte classée sans suite, la mère dénonce les dysfonctionnements de la justice
Viol sur un enfant de 4 ans : plainte classée sans suite

Le 12 février, Léa* dépose son fils de quatre ans et demi chez sa belle-mère et son compagnon, dans le Val-de-Marne. Le lendemain, elle le récupère et le trouve « agité ». L'enfant évoque d'abord des violences, puis lors d'une seconde discussion, il décrit une fellation imposée par son grand-père par alliance avec du ketchup et de la mayonnaise. Il utilise les mots « fesses » et « capote » en désignant des parties de son corps. « Quand j'ai entendu ça, il y a quelque chose qui s'est vraiment effondré à l'intérieur de moi », raconte sa mère.

Des sévices sexuels présumés dès l'âge de deux ans et demi

Léa soupçonne l'homme mis en cause d'avoir fait subir des sévices sexuels à son fils depuis ses deux ans et demi. Avec son époux, elle porte plainte quelques jours plus tard dans un commissariat parisien. Il faut attendre quinze jours pour qu'un policier de la brigade de protection de la famille de Créteil la contacte et lui demande de se présenter à son audition sans avocat.

Le 11 mars, la mère, le père et l'enfant sont entendus séparément. Léa découvre que le brigadier qui a auditionné son fils n'a pas réussi à le faire parler, tout en se targuant d'avoir terminé l'entretien « en cinq minutes ». Incrédule, elle demande des explications. Le ton monte, et le policier menace de la mettre en garde à vue. Le passeport de son fils est temporairement confisqué.

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Absence d'examen médical malgré une demande du procureur

Les parents rencontrent une experte psychologue quelques jours plus tard, où ils se sentent écoutés. « Quand [mon fils] sort du rendez-vous, il se sent tout de suite mieux », explique Léa. Cependant, aucun examen médical n'est pratiqué, alors que le procureur avait demandé à la brigade d'organiser un passage en Unité médico-judiciaire (UMJ) dès le 16 février, selon l'avocat Youri Krassoulia. Le parquet indique avoir considéré qu'un tel examen n'était finalement pas « indispensable à la manifestation de la vérité ».

L'enfant est entendu une seconde fois dans son école maternelle fin mars. Les grands-parents sont convoqués sous le régime de l'audition libre. Mais le 6 mai, Youri Krassoulia apprend par un courriel lapidaire du parquet que la plainte a été classée sans suite.

L'avocat dénonce tous les dysfonctionnements possibles

« Nous avons subi avec mes clients tous les dysfonctionnements que l'on peut imaginer : délais particulièrement longs pour des faits criminels, absence d'investigations, charge de la preuve mise exclusivement sur l'enfant plaignant, mauvais traitements des parents par les fonctionnaires de police, silence de la justice », déplore Me Krassoulia. Il a adressé début juillet une plainte avec constitution de partie civile au doyen des juges d'instruction du tribunal de Créteil. Le parquet indique pour sa part « réétudier » la procédure.

Après la mort de Lyhanna, 11 ans, dont le corps a été retrouvé le 4 juin dans le Gers, le ministre de la Justice Gérald Darmanin a demandé aux magistrats de reprendre 70 000 dossiers de plaintes touchant des enfants. Léa espère que la libération de la parole des victimes mineures et de leurs parents permettra de « faire changer les choses ».

* Le prénom a été modifié.

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