La police judiciaire du Nord a révélé, mercredi 12 août, qu'une agence d'intérim du département servirait de couverture pour recruter des « petites mains » du crime organisé. Selon les enquêteurs, cette structure aurait permis d'embaucher des personnes en contrat court pour des missions illégales, notamment le transport de stupéfiants ou des actes de violence.
Une façade pour des activités illicites
L'agence, dont le nom n'a pas été divulgué, serait installée dans la métropole lilloise. Les investigations ont débuté après la saisie de plusieurs documents comptables lors d'une perquisition liée à un trafic de drogue. Les policiers ont alors découvert que des intérimaires étaient recrutés pour des « missions spéciales », sans contrat écrit, et payés en espèces.
Selon une source proche de l'enquête, « l'agence présentait une activité légale de mise à disposition de personnel, mais en réalité, elle servait d'intermédiaire pour fournir de la main-d'œuvre à des réseaux criminels ». Les profils recherchés étaient souvent des personnes précaires, sans emploi stable, et parfois sans casier judiciaire, afin de ne pas éveiller les soupçons.
Des contrats courts et des paiements en liquide
Les enquêteurs estiment que plusieurs dizaines de personnes ont pu être recrutées via ce dispositif. Les missions consistaient principalement en des livraisons de colis suspects, des surveillances ou des intimidations. Les contrats, d'une durée de quelques jours, étaient conclus verbalement, et les paiements s'effectuaient en liquide, souvent dans des lieux publics.
La police judiciaire a déjà identifié au moins trois affaires dans lesquelles des intérimaires recrutés par cette agence étaient impliqués dans des affaires de trafic de stupéfiants. L'un d'eux, interpellé en juin dernier, a reconnu avoir été recruté via l'agence, sans connaître la nature exacte des missions.
Enquête en cours et implications judiciaires
Une information judiciaire a été ouverte pour « association de malfaiteurs » et « travail dissimulé ». Les gérants de l'agence, deux hommes âgés de 45 et 52 ans, ont été placés en garde à vue puis relâchés sous contrôle judiciaire. Ils nient toute implication dans des activités criminelles, affirmant que l'agence était une entreprise légale.
Les enquêteurs poursuivent leurs investigations pour déterminer l'étendue du réseau et le nombre exact de personnes recrutées. Ils examinent également les liens possibles avec d'autres affaires de criminalité organisée dans la région. Selon la police judiciaire, ce type de dispositif pourrait être plus répandu qu'il n'y paraît, et les agences d'intérim pourraient être utilisées comme des « officines de recrutement » pour le crime organisé.
Cette affaire soulève des questions sur la régulation du secteur de l'intérim et sur les contrôles effectués par les autorités. Les enquêteurs recommandent une vigilance accrue des entreprises de travail temporaire et une meilleure vérification des antécédents des salariés. La direction régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités (Dreets) a été saisie pour évaluer d'éventuelles infractions au code du travail.



