Nagui : « En 2023, je reçois encore des menaces de mort racistes »
Nagui : « En 2023, je reçois encore des menaces racistes »

France 2 a célébré vendredi 3 novembre son émission iconique Taratata avec une soirée musicale hors normes. L'animateur Nagui a accepté de retracer l'histoire de ce programme culte, évoquant son parcours, ses combats pour la cause animale et le racisme dont il est toujours victime.

Taratata : un rêve d'enfance devenu réalité

Pour Nagui, Taratata représente « tout dans ma vie, l’amour que j’ai de la musique, le plaisir que j’ai de le faire partager. C’est un rêve de môme ». Il raconte qu'à 14-15 ans, il écoutait de la musique avec son grand frère dans la chambre qu'ils partageaient. « Il se moquait de mes goûts, il était plus rock que moi. » À 17-18 ans, il découvre les concerts : Police, les Who, Santana. « Sur scène, c’était plus fort, la basse et la batterie faisaient vibrer le ventre et les poumons, c’était physiquement émotionnel. » Ne se sentant ni bon chanteur ni bon batteur, il décide de mettre les artistes en valeur. « À 61 ans, me dire que j’ai gardé ce même appétit, c’est cool… »

Le succès des jeux télévisés au service de la musique

Nagui reconnaît que le succès de ses jeux, comme « Que le meilleur gagne », lui a permis d'imposer Taratata. « C’est parce qu’il y a eu ce succès qu’ils m’ont fait confiance pour une émission musicale. » Mais malgré sa popularité, certaines directions ont supprimé l'émission. « Les mêmes ont reproduit le schéma en arrêtant, sur Arte, Tracks, une émission de référence. » À la télévision, « une seule personne a le droit de vie ou de mort sur vous, c’est ça qui est fou ». Quand Taratata s'est arrêtée, 200 000 personnes ont signé une pétition pour son retour, mais la direction pensait même que Nagui avait manipulé les choses. « Mais ça nous a encouragés à continuer sur Internet. »

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Le live à la télévision : une rareté technique et artistique

Pour Nagui, le live est rare à la télévision car « ce n’est pas à la portée de tous les techniciens ». Il souligne la qualité de son équipe : « Nous avons des techniciens son de concert, il n’y en a pas un sur le plateau qui ne sache pas accorder une guitare. » Gérard Pullicino, le réalisateur, est « le meilleur réalisateur de musique au monde ». « On a comme ça la même équipe depuis trente ans. »

Certains artistes restent attachés au playback. « Oui, cherchez bien, vous allez en trouver. Je ne balance pas, mais les artistes français qui ne sont pas venus dans l’émission, c’est pour ça. » La magie de Taratata réside dans le moment où un chanteur essaie d'atteindre une note sans savoir s'il va y arriver. « C’est cette fragilité-là qui file les poils. » Il compare cela à l'expérience d'un concert : « On sait qu’on va vivre en live un truc inégalable qu’aucune intelligence artificielle ne peut offrir. »

Le concert des 30 ans : un moment inoubliable

Nagui évoque le concert des 30 ans de Taratata, avec 84 artistes. « Je ne pensais pas vivre ce que j’ai vécu. 40 000 personnes ont pris une place payante à Paris la Défense Arena sans avoir le moindre nom d’un chanteur. C’est fou ! » Chaque entrée d'artiste était une surprise. « C’est, à ce jour, mon meilleur souvenir. »

Il mentionne aussi des rendez-vous manqués : « Je rêverai d’avoir Bruce Springsteen, il m’a dit vouloir venir. » Il a déjà eu Paul McCartney et les Rolling Stones. À propos de Lenny Kravitz, qui avait détruit sa loge lors de son passage, Nagui révèle : « On est pote aujourd’hui […] il va revenir. Il m’a envoyé ce message : "Bravo d’avoir réussi cette émission iconique". »

Un quotidien bien rempli entre radio et télévision

Nagui décrit ses journées : réveil vers 7h, sport, petit-déjeuner avec ses enfants, accompagnement à l'école, puis France Inter pour « La Bande originale » jusqu'à 12h30. Ensuite, il se rend aux studios de la Plaine Saint-Denis pour enregistrer des émissions jusqu'à 20h-20h30. Le soir, il rentre chez sa femme pour des sorties entre amis, cinéma, théâtre ou concert. Le week-end, il fait les devoirs de ses enfants ou regarde sa femme les faire, « je ne veux pas lui retirer le mérite d’en faire plus que moi ».

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

L'avenir de « N'oubliez pas les paroles » et l'engagement

Interrogé sur la poursuite de « N'oubliez pas les paroles », Nagui répond : « Tant qu’il y a la gnaque, l’envie et surtout tant que le public et la direction vous prêtent vie, il n’y a aucune raison de s’arrêter. » Il a arrêté « Tout le monde veut prendre sa place » car il y allait à reculons.

Engagé pour la cause environnementale, il souhaite être utile : « Faire ce concert de Taratata qui rapporte plus de 1,2 M€ à la lutte contre le cancer. Faire de la fiction où on met en valeur l’école, la laïcité […] Faire des documentaires sur des artistes […] c’est apporter sa modeste contribution à notre société. » Mais il est lucide : « Le jour où vous disparaissez, tout cela s’envole. C’est pour ça que j’avais appelé ma société Air Productions. On ne fait que du vent. »

Défense de la cause animale et végétarisme

Nagui est parrain de L214, Peta et SOS Méditerranée. Il se dit « pas militant, ni engagé, ni encarté », mais « quand on est papa, ami, mari, on ne peut pas ne pas se sentir concerné ». Il est végétarien mais ne fait pas de prosélytisme : « Si je vais au resto et qu’un de mes enfants a envie de manger du poulet, il le fera. » Il souhaite simplement que les choses soient « plus claires » : « Que quelqu’un ait envie de manger de la viande, OK, mais est-on obligé de faire souffrir l’animal ? Je ne comprends pas pourquoi il n’y a pas de caméra dans les abattoirs. »

Racisme : des menaces toujours présentes en 2023

Nagui confie être encore victime de racisme : « Oui, en 2023 je continue de recevoir des menaces de mort et des insultes racistes sur les réseaux sociaux. » Il ajoute que ces attaques ne l'atteignent pas car elles viennent de gens « extrêmement malheureux dans leur vie, tristes et réduits mentalement, donc je suis désolé pour eux. »