Le tribunal correctionnel de Nice a condamné, ce mercredi 5 août, les streamers Naruto et Safine à des peines de prison avec sursis et à une interdiction de publier en ligne pendant six mois. Ils étaient poursuivis pour des violences et humiliations infligées à Raphaël Graven, dit Jean Pormanove, décédé en direct sur la plateforme Kick en août 2025, et à un autre homme, Stéphane G., dit Coudoux.
Des peines de prison avec sursis et une amende
Owen Cenazandotti, alias Naruto, 27 ans, a écopé de deux ans de prison avec sursis et de 15 000 euros d'amende. Safine Hamadi, dit Safine, 24 ans, a été condamné à 18 mois de prison avec sursis et 5 000 euros d'amende. Les deux hommes devront également respecter un « bannissement numérique » de six mois, soit l'interdiction de publier sur les plateformes en ligne pendant cette durée.
Le parquet avait requis des peines plus lourdes : 30 mois de prison dont un an ferme à domicile avec bracelet électronique contre Naruto, et 18 mois avec sursis probatoire contre Safine. La procureure Maud Marty avait dénoncé « un système de maltraitance » et demandé un « bannissement numérique » à vie.
Un procès centré sur les violences, pas sur la mort
Le procès, qui s'est tenu début juillet à Nice, n'a pas porté sur la mort de Raphaël Graven, dont le corps inerte avait été découvert en direct sous un drap. L'autopsie a conduit à un classement sans suite en février. En revanche, les deux streamers ont été jugés pour des violences et humiliations commises entre 2023 et 2025 sur les plateformes Twitch puis Kick, lors de milliers d'heures de direct.
Les images diffusées au procès montraient Jean Pormanove et Coudoux recevoir des gifles, des coups de pied, de fouet ou de batte de baseball, ainsi que des cris dans les oreilles. La procureure avait décrit un « système de maltraitance humaine, pas un dérapage ou une provocation », car « les violences sont le programme, elles font le scénario ».
La défense de Naruto : « des amuseurs qui allaient trop loin »
Me Fabien Carles, avocat de Naruto, seul prévenu présent au tribunal, a salué une condamnation « largement en dessous des réquisitions » mais jugé la peine encore trop « lourde ». « Ces gens-là étaient des amuseurs qui allaient parfois trop loin mais les juger comme des criminels est fortement exagéré », a-t-il commenté.
Naruto avait assuré que le concept de la chaîne visait à provoquer les colères de JP « dans la bonne ambiance », s'inspirant des défis potaches de Michaël Youn ou Cyril Hanouna. De son côté, Coudoux a refusé de se considérer comme victime : « On était une bande de potes, c'était juste notre délire ».
Une chaîne très suivie et lucrative
La chaîne animée par Naruto et Safine était la plus regardée de France sur Kick, avec une moyenne de 20 000 internautes chaque soir de 21 heures à minuit. Des influenceurs, chanteurs ou footballeurs y ont participé. Les protagonistes ont touché jusqu'à 6 000 euros par mois, et Naruto davantage.
« On a vécu une aventure exceptionnelle. On a voyagé, on a kiffé, on a fait du bien à plein de gens. On voyait pas le mal », avait déclaré Naruto au tribunal. Safine, plus contrit, a expliqué se sentir « pas fier » et être « traité de meurtrier, insulté H24 par toute la planète ».
Des enquêtes parallèles en cours
Parallèlement au procès, une enquête est menée à Paris sur la plateforme Kick, pour déterminer si elle a rémunéré les deux streamers et quels freins elle a mis à leurs dérives. Les deux hommes, qui n'ont jamais déclaré leurs revenus au fisc, font également l'objet d'une enquête financière.
Naruto, qui est resté dans le milieu, projette de réaliser des vidéos de voyages. Son petit frère a repris des lives depuis le Lokal, le studio de Contes près de Nice, où Jean Pormanove est mort.



