Mégafeu de Gironde : les évacués racontent leur traumatisme
Mégafeu de Gironde : les évacués racontent leur traumatisme

Le mégafeu de Saumos, qui a ravagé 42.000 hectares de forêts et poussé à l’évacuation de 220.000 personnes cet été en Gironde, a laissé des traces profondes chez les sinistrés. Deux habitants de Lanton, Nicolas, 42 ans, père de deux garçons de 10 et 13 ans, et Sandra, 39 ans, maman d’une petite fille de 5 ans, racontent leur expérience et leurs angoisses persistantes.

Une évacuation sous le choc

Nicolas, déplacé de Lanton avec sa femme et ses enfants le 24 juillet à 18 heures, se souvient exactement du moment où son été a basculé. « Tout le réseau était coupé, je l’ai constaté sur la double ligne de mon téléphone et juste après, j’ai vu un de mes fils courir vers moi et me dire qu’on avait reçu l’alerte pour évacuer », raconte-t-il. Sandra, elle, se souvient qu’elle est très angoissée en rentrant du travail et qu’elle prépare des affaires, avant même l’ordre officiel d’évacuation.

Nicolas et son épouse chargent les deux véhicules familiaux avec un cerveau « complètement déconnecté », prenant des affaires superflues et en laissant d’autres plus importantes derrière eux. Bloqués dans les bouchons pendant six heures, avec des milliers d’autres évacués, ils ont le temps de repenser à ce qu’ils ont laissé. « Je me suis rendu compte que j’avais oublié des bijoux appartenant à mon aîné, qui ne sont pas précieux mais ont une valeur sentimentale, raconte ce père de famille. Plus on avançait et plus on pensait aux petites choses qu’on avait laissé derrière nous. C’est ce qui me faisait le plus mal de me dire que possiblement tous nos souvenirs et cette maison dans laquelle mes fils ont grandi, allaient disparaître. »

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Un « yoyo émotionnel » éprouvant

Alors qu’ils évacuent, le ciel orange et les cendres qui tombent dans le jardin plantent un décor apocalyptique qui va hanter leurs nuits blanches. Nicolas et Sandra blâment d’une même voix les réseaux sociaux et les chaînes d’informations en continu, alarmistes et parfois pourvoyeurs de fake news. Nicolas apprend que le golf près duquel il vit aurait été touché par l’incendie, et juste après que pas du tout, le feu étant en réalité circonscrit. « C’est un yoyo émotionnel » très éprouvant, rapporte-t-il.

Les nuits blanches s’enchaînent. « On se demande jusqu’où l’incendie va aller », se souvient Sandra. De son côté, elle peine à ne pas montrer son inquiétude à sa fille de 5 ans. « J’étais très angoissée, et donc forcément, je sais que je n’ai pas géré mes émotions comme j’aurais aimé devant elle, regrette Sandra. Ma fille avait complètement intégré le risque que sa maison allait brûler, puisqu’elle disait : "je ne veux pas perdre mes jouets", "je ne veux pas perdre ma maison". On avait bien dû lui expliquer qu’on ne pouvait pas rentrer chez nous. »

Un retour à la maison difficile

Nicolas constate avec soulagement à son retour le 31 juillet que sa maison est sur pied, même s’il ne peut y rester que quelques minutes, tant l’air y est irrespirable. Il emmène sa famille en vacances, comme prévu depuis des mois, mais se retrouve victime d’un cambriolage à son retour. « Ils ont profité du fait qu’il n’y avait plus personne dans les villes pour faire leur connerie », lâche-t-il. Sandra décrit un retour compliqué et de fortes angoisses vis-à-vis de l’avenir. « Je ne m’attendais pas à être aussi mal en rentrant chez moi. L’air était encore imprégné de l’odeur des fumées et j’avais l’impression de ne pas retrouver ma maison comme d’habitude. » Les va-et-vient des pompiers se poursuivent à proximité, les maintenant en alerte.

Sandra, qui était déjà éco-anxieuse, a maintenant l’impression d’être « éco-terrorisée ». « Je suis toujours très angoissée et je n’arrive plus à me projeter à vingt ans », livre-t-elle. Au-delà du risque de futurs incendies, elle craint « toutes les conséquences du dérèglement climatique, comme la sécheresse intense et les risques sur les récoltes ». Sans que ce soit un projet concret, l’idée de s’expatrier dans les pays scandinaves lui « trotte dans la tête un petit peu tout le temps, puisque ce sont des lieux qui pourraient être impactés plus doucement et peut-être plus vivables dans vingt-cinq ou trente ans ».

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Pour leur fille, les parents de Sandra envisagent un accompagnement psychologique. Si des problèmes de sommeil préexistaient, « les feux et tout ce qui s’est passé cet été seront forcément évoqués », rapporte Sandra. Nicolas envisage également de recourir à un soutien psychologique prochainement. « Je suis en mode un peu carapace : j’emmagasine les choses mais à un moment donné, il faut que ça sorte. » La famille ne veut pas déménager, regrettant que finalement « on n’est à l’abri de rien, nulle part ». Aujourd’hui, Nicolas n’a qu’une envie : « tourner la page de ces moments-là pour passer à autre chose et avancer, parce que c’est comme ça qu’il faut faire de toute façon ».