Mehdi Laribi, fondateur de la DZ Mafia, arrêté en Algérie
Mehdi Laribi, fondateur de la DZ Mafia, arrêté en Algérie

Mehdi Laribi, l'un des fondateurs présumés de la DZ Mafia, a été interpellé à Alger le 20 juillet 2026, en exécution d'un mandat d'arrêt international émis par les juges d'instruction de la Juridiction interrégionale spécialisée (Jirs) de Marseille. Placé sous contrôle judiciaire le lendemain, il évite la détention provisoire, mais son extradition vers la France semble exclue en raison de sa double nationalité.

Une arrestation saluée par la France

L'information, révélée par Franceinfo et confirmée au « Monde » par le procureur de Marseille Nicolas Bessone, marque un tournant dans la traque des chefs du narcotrafic marseillais. Sur le réseau social X, le ministre français de la Justice Gérald Darmanin a salué la capture d'une « cible prioritaire de la justice française dans la lutte contre la drogue et la criminalité organisée », félicitant les autorités algériennes pour cette « avancée et cette coopération en lien avec le parquet national anticriminalité organisée (Pnaco) et le parquet de Marseille ».

Mehdi Laribi, 36 ans, dit « Tic » (abréviation de « Rachitique »), est visé par un mandat d'arrêt dans le cadre de l'information judiciaire « Octopus » pour « direction et organisation d'un groupement ayant pour objet un trafic de stupéfiants, association de malfaiteurs, blanchiment et infraction à la législation sur les stupéfiants ». Il encourt la réclusion criminelle à perpétuité.

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Une extradition impossible

Mehdi Laribi pourra-t-il être extradé pour être présenté à la justice française ? Un obstacle majeur subsiste : possédant la double nationalité franco-algérienne, il est considéré comme Algérien par Alger. En vertu de la convention d'extradition franco-algérienne de janvier 2019 – qui exclut la remise de ses propres nationaux –, il ne pourra donc pas être extradé vers la France. Il pourra, tout au plus, faire l'objet de poursuites en Algérie si les autorités locales décident de s'appuyer sur les éléments transmis par Paris.

Un parcours marqué par la violence

Dans une enquête qui lui est consacrée publiée en novembre 2024, « Le Nouvel Obs » retraçait la trajectoire de Mehdi Laribi illustrant le basculement de cet enfant des quartiers Nord dans le grand banditisme. Né en 1990 dans la cité Bassens (15e arrondissement), Mehdi Laribi grandit entre un père chauffeur routier et une mère au foyer. Interpellé dès l'âge de 12 ans pour des vols, renvoyé du lycée professionnel La Floride, le gamin à la gouaille naturelle croise d'abord le cinéma. En 2002, il fait de la figuration dans Les Diables de Christophe Ruggia aux côtés d'Adèle Haenel. En 2008, le réalisateur Karim Dridi lui offre un second rôle marquant dans Khamsa : il y incarne « Rachitique », un jeune délinquant. « Il était très juste et nature devant la caméra », se souvenait le réalisateur dans nos colonnes. Mais la parenthèse se referme vite : à 21 ans, « Tic » affiche déjà 16 mentions à son casier judiciaire.

La guerre contre le clan Yoda et l'exil algérien

Au début des années 2010, avec son frère aîné Lamine (« Tac »), il prend le contrôle des réseaux de la cité Bassens et de La Paternelle, y inventant le premier « drive » de la drogue à Marseille, un « McDo de la drogue » ouvert jour et nuit. Condamné en appel à 10 ans de réclusion pour avoir brûlé la voiture de trois amis d'enfance exécutés le soir de Noël 2011, « Tic » reprend la main à sa sortie de prison alors que son frère purge une lourde peine. C'est sous son impulsion que la DZ Mafia prend forme.

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Début 2023, une futilité autour de glaçons jetés lors de vacances à Phuket (Thaïlande) entre Mehdi Laribi et Félix Bingui (« Le Chat »), chef du clan rival Yoda, déclenche une guerre de territoires fratricide qui ensanglante Marseille (47 morts en près d'un an, pour un total de 49 « narchomicides » en 2023). Alors que la DZ Mafia étend son emprise géographique, diversifie ses activités (extorsions, racket de commerces, intimidations) et brasse de 5 à 6 milliards d'euros par an selon la justice, Mehdi Laribi s'évanouit dans la nature. Depuis l'Algérie, il est soupçonné par les enquêteurs de continuer à fournir la marchandise et à alimenter le réseau. Comme le soulignait « Le Nouvel Obs », « Tic » était devenu le véritable « patron » au sens où il l'entendait lors de son procès aux assises de 2015 : « C'est celui qui ne vient jamais, qui est toujours en vacances ! »

Un coup dur pour un cartel en mutation

Son interpellation en juillet fait suite à l'opération « Octopus », dont le vaste coup de filet de mars dernier (900 gendarmes mobilisés) avait débouché sur 26 mises en examen, visant d'autres têtes pensantes dont Amine Oualane (« Mamine ») et Mahdi Zerdoum (« La Brute »), désormais écroués dans des prisons de haute sécurité.

Si cette arrestation intervient après la visite de Gérald Darmanin à Alger en mai pour relancer la coopération judiciaire, ses effets sur le terrain demeurent incertains. La DZ Mafia ne repose pas sur une structure pyramidale traditionnelle mais sur une coopérative aux chefs interchangeables. De plus, des tensions internes ont récemment fragilisé Laribi : la dissidence DZNG (« DZ Nouvelle Génération ») l'a exclu après le détournement d'une cargaison de cannabis au printemps 2025. En janvier 2026, une vidéo tournée à Bassens montrait un homme lynché sous ce slogan explicite : « Le prochain qui charbonne pour “Tic”, on le brûle entier ».